vendredi 21 décembre 2012

Le seigneur Maester était connu dans la région. Il avait ses habitudes à l'auberge. Il vendait et achetait dans un coin de la salle derrière un rideau qu'on avait installé pour lui. Névtelen avait pour mission de surveiller ce qu'il se passait et de surveiller Vodcha ce qui n'était pas toujours de tout repos. L'auberge était connue des alentours et on y venait boire de la simcha correcte tout en écoutant les derniers racontars. Névtelen savait qu'ils allaient rester quelques jours le temps que Maester fasse ses affaires. D'ailleurs, Névtelen repéra vite ceux qui venaient pour voir son maître et ceux qui venaient pour boire. Il était étonné de voir certaines personnes venir. Elles semblaient raser les murs, essayaient d'être discrètes pour atteindre le rideau et repartaient en catimini. D'autres comme ce gros homme rougeaud, arrivaient comme en terre conquise. Ils prenaient le temps de saluer et de boire, tout en jetant des regards vers le rideau. Dans ces cas-là, c'est Maester qui faisait semblant de sortir par hasard et qui venait les saluer. Il trempait ses lèvres dans la chope que l'autre lui payait, parlait de tout et de rien et finissait par proposer de discuter plus au calme derrière le rideau. Là-bas, le ton baissait et la suite se faisait plus en chuchotant qu'en parlant à la cantonade. L'aubergiste était content de ce qui se passait. Maester amenait des nouvelles d'autres régions et les gens venaient pour entendre parler de la guerre. Le mauvais temps avait bloqué les armées ennemies assez loin d'ici près de la ville marais. Avec cette neige, on ne les reverrait pas bouger avant le printemps. Il y avait bien eu la bataille de la vallée du berger, celle qui est près de la montagne solitaire, mais depuis les combats avaient connu d'autres lieux. Névtelen avait compris que cette bataille était celle à laquelle il avait assisté. Elle avait duré deux jours entiers. L'armée de Saraya avait reculé devant celle d'Altalanos. Les vainqueurs avaient poussé l'avantage aussi loin que possible. Aujourd'hui dans la région, ne restaient plus que des mercenaires en rupture de contrat ou des déserteurs. Le banditisme avait augmenté. Maester en savait quelque chose. Névtelen se remémorait toutes ces choses quand il vit rentrer le prêtre du village. C'est lui qui avait organisé les funérailles de Tosen. Névtelen avait dû creuser le trou. La cérémonie avait été courte. Vodcha avait beaucoup pleuré. Tosen les accompagnait depuis qu'elle était née. Le prêtre avait fait les gestes qu'il fallait pour apaiser les esprits et satisfaire les dieux. Pour finir on avait allumé une torche plantée dans le monticule de terre. Elle brûlait pour servir de signal aux esprits du royaume des morts. Elle était le fanal pour les guider. Ainsi Tosen aurait un comité d'accueil. Après, à l'auberge, Maester avait payé à boire la Simchama. C'était une simcha avec des herbes amères qu'on buvait aux enterrements. Maester n'avait pas pour autant arrêté de faire des affaires. Il avait parlé avec le prêtre et celui-ci revenait avec un petit paquet. Il alla derrière le rideau et à son retour, il remarqua que s'il n'avait plus son paquet, il avait le sourire. Il vit sortir Maester arborant aussi une mimique de satisfaction. Vodcha en profita pour lui sauter dans les bras :
- DaïDaï, dis que j'ai le droit de pas manger la soupe.
Vodcha avait sur le visage un tel air de malheur que Névtelen faillit éclater de rire. Maester regarda sa fille avec tendresse et lui dit :
- Vodcha! Vodcha ! Une enfant bien élevée mange tout ce qu'on lui donne.
- Oui, mais j'aime pas la soupe, j'veux de la compote.
Névtelen se retourna pour ne pas montrer son hilarité. Maester avait manifestement beaucoup de mal à négocier avec sa fille.
Leur négociation dura un moment. Vodcha finit par accepter un peu de soupe quand elle vit le bol de compote accompagnée d'un biscuit mais elle exigea la présence de Névtelen.
Maester les rejoignit un peu plus tard pour manger. Il avait fini sa journée et Névtelen alla chercher le coffre. Il savait qu'il contenait des bijoux et des statuettes sacrées. Il s'assit dessus pendant le repas. Après il le monta dans la chambre. Vodcha avait voulu que Daïdaï lui raconte une histoire. Elle aurait préféré que ce soit Névt, mais sa mémoire effacée n'en connaissait plus. Il avait rejoint son coin derrière une tenture, à côté du coffre. Il savait qu'il ne dormirait que d'un œil en écoutant les bruits de la nuit. Allongé, il écouta Maester raconter à sa fille l'histoire du chevalier blanc.
- Il était une fois...

mercredi 19 décembre 2012

Névtelen était resté le temps d'enterrer toutes les statuettes. Virnita avait fait une fête en son honneur. Elle avait duré tard dans la nuit. Des boissons fortes avaient circulé. Au petit jour, un célibataire du clan Maldana le conduisit à travers le dédale des couloirs vers l'extérieur. Quand il arriva sous le porche d'entrée, Virnita était là. Il regardait le ciel.
- Je ne suis pas chaman, mais le ciel semble augurer une belle journée. Va, Névtelen. J'ai interrogé Ouldanabi pour toi. Les simalbabas seraient incontrôlables par un homme sans nom. Quand tu auras trouvé, ta présence sera un honneur pour nous.
Il lui prit les avant-bras. Ce geste de salutations réveilla l'impression d'une image chez Névtelen. Cela ne dura qu'un instant.
La neige étendait sa blancheur sur tout le paysage. Névtelen regarda s'il voyait une louve noire aux yeux rouges.
- Mes pas vont être plus dangereux que le meilleur des espions. Celui qui les suivra arrivera sans difficulté chez vous.
- Il n'y a pas de risque, Névtelen. Pars vers le soleil levant. Quand tu auras dépassé la falaise à la roche rouge, presse le pas. Une avalanche ne tardera pas.
- Que les dieux vous protègent, Virnita !
- Qu'ils t'accompagnent, Névtelen.
S'enfonçant jusqu'aux genoux, il se mit en marche. Il longeait la paroi de la montagne du cratère. Il n'avait pas fait cent pas qu'il se dit qu'il ne pourrait pas aller loin s'il continuait comme cela. La neige était trop... le nom ne venait pas, mais il existait quelque part. Il était hors de vue de la caverne d'entrée quand lui vint l'idée, ou plutôt quand lui revint le souvenir de ce qu'il fallait faire. Il repéra l'arbre sans difficulté. C'était un chuchotaï. Son écorce épaisse et résistante se découpa avec facilité. Le couteau que lui avait donné le forgeron ouatalbi était une bonne lame. Ce dernier avait les larmes dans les yeux lors de leur séparation. Il avait forgé le métal en suivant tout ce qu'il avait appris avec Névtelen. La lame manquait de grâce, mais bien façonnée, elle ne casserait pas. Fixant les écorces sous ses pieds, il se mit au petit trot. Sa progression fut beaucoup plus rapide. Il avait coupé deux baliveaux et s'en servait de bâtons pour aider sa progression. De nouveau, il retrouva cette étrange impression de savoir ce que son esprit ne se rappelait pas. Il atteignit la falaise à la roche rouge en milieu de matinée. Il pressa le pas comme lui avait conseillé Virnita. Il était loin quand il entendit l'avalanche. Virnita avait raison, le risque était inexistant.
Il courut ainsi jusqu'à la fin d'après-midi. Il s'arrêta en arrivant en haut d'une petite crête. Des rochers balayés par le vent tranchaient sur la neige alentours. Il grimpa dessus. Depuis quelques temps, il avançait sur une ligne de crête dans une forêt aux arbres sombres. Il découvrit un vaste panorama. Le pâle soleil éclairait un paysage presque uniformément blanc. A ses pieds, une rivière serpentait. Assez large, elle courait suffisamment vite pour ne pas se figer avec l'effet du froid. Un village au loin se signalait par les fumées qui s'échappaient des toits. Il compta au moins quinze feux. Un rempart de troncs juxtaposés l'entourait. Tout en mangeant, il regarda avec attention ce qu'il se passait en bas. Il n'avait pas oublié la guerre entre Saraya et Altalanos. Elle continuait probablement, mais pas ici. Le froid et la neige confinaient les hommes dans les abris. Il pensa qu'avant la nuit, il lui faudrait trouver un refuge pour se reposer. C'est alors qu'il le remarqua. Il y avait plus loin dans la vallée, un autre village et au-dessus un fort. Les remparts étaient en pierre et non en bois comme le village. Ayant fini son repas, il ramassa ses affaires. Il regarda une dernière fois en bas et vit un bateau traverser la rivière.
- Un bac ! dit-il tout haut.
A son bord, deux personnes et un marin qu'il regarda manœuvrer dans le courant. Les champs étaient sur l'autre rive. Il regretta que la louve ne soit pas là pour le guider. Maintenant il était sûr qu'il devait aller vers les montagnes où le monstre volant avait son refuge. Restait à trouver la direction.
Il reprit sa progression. Bientôt, il croisa un chemin où la neige tassée permettait de marcher sans raquettes. Il les mit dans son dos comme deux ailes de bois et suivit la voie qui descendait vers la rivière. La route serpentait. Elle permettait sûrement le passage d'une caravane, ou d'une armée. Il marcha tous les sens en éveil. Son instinct sentait le danger. Il prit son marteau à la main et son couteau dans l'autre, non sans avoir réajusté sa charge. Si la neige étouffait les bruits, la forêt assombrissait le peu de lumière du soir. Il marchait sur le bord de la route, sa tenue sombre le rendait discret aux yeux de tous sauf d'une louve dont le regard ardent ne le quittait pas. Névtelen arrivait à un tournant quand il entendit les cris. Il se précipita. Il découvrit quelques gaillards dépenaillés, armés de mauvaises épées attaquant un véhicule. Son surgissement sema la panique parmi les assaillants. En un passage, ils étaient trois hors de combat. Celui qui semblait le chef se retourna contre lui, quant au dernier, seul face aux agressés, il préféra prendre la fuite. L'homme n'était pas au mieux de sa forme et après quelques passes préféra rompre le combat et fuir. On entendit un bruit de chute suivi de grognements et de claquements de mâchoires. Puis ce fut le silence. Névtelen se dirigea vers l'agressé. Il vit un homme un peu bedonnant, qui tenait encore son arme à la main. Névtelen remarqua la bonne facture de cette épée. L'homme devait avoir une certaine richesse pour posséder une telle lame. Du sang coulait sur sa manche. Il regardait Névtelen avec l'air de se demander à quoi s'attendre. Ce dernier commença à faire le tour des corps à terre. Il vit que pas un n'avait survécu à son attaque. L'homme de la carriole avait dû en toucher plusieurs. Ils avaient des plaies faites par une épée. A part le fuyard, ils n'étaient armés que de gourdins et de mauvaises épées. En s'approchant d'un corps étendu, il vit un homme bien nourri. Il avait eu le crâne éclaté par un gourdin. Sur ses habits, il portait une tunique sans manche, ample sur laquelle étaient brodées des armoiries. Ne sentant plus de danger, Névtelen remit son marteau à la ceinture et le couteau dans sa gaine. C'est alors qu'il reçut le choc :
- T'es un ange venu à notre secours !
Névtelen ne comprit pas tout de suite. Un corps frêle s'était accroché à son cou.
- Même que t'as des ailes dans le dos.
- Vodcha ! Ne fais pas ça.
- Daïdaï, on ne risque rien, c'est un ange.
« L'ange » ne savait pas trop quoi dire devant cet ouragan, l'homme non plus. Il essayait de canaliser l'enfant qui se révéla être une fille.
- Vodcha, on ne peut pas rester là. La nuit va tomber et le chemin va être encore plus dangereux. J'ai même cru entendre des loups.
- Daïdaï, il est mort Tosen ?
- Oui, Vodcha, malheureusement. On ne va pas le laisser ici.
Se tournant vers Névtelen, il lui demanda son aide pour monter le corps de Tosen sur la carriole.
- Tu nous as sauvés, sois-en remercié.
L'homme se présenta comme un harda. Il allait au village de Sayompour. Voyant que Névtelen ne comprenait rien, l'homme expliqua qu'il était un marchand itinérant et qu'il allait de village en village pour vendre et acheter. Il proposa à Névtelen de les accompagner et même de se mettre à son service. La paye serait intéressante et la nourriture bonne. De nouveau Vodcha sauta sur Névtelen :
- Dis oui, j'aimerais bien voyager avec un ange.
C'est ainsi que Névtelen rebaptisé Névt par Vodcha, décida d'accompagner le harda comme un serviteur. Daïdaï était le nom familier que Vodcha employait. Cela lui évoqua une autre enfant appelant son père d'un petit nom familier. Il eut presque une image. Son esprit n'arriva pas à en retrouver plus, ce qui lui laissa un sentiment de dépit. Névtelen employa le nom sous lequel il se présentait : Maester.
Après avoir chargé Tosen, ils se remirent en marche. Névtelen jeta un coup d'œil circulaire quand la bête de somme qui tirait la carriole se mit en marche. C'était une race de tracks plus lourde moins rapide mais plus endurante pour tirer une charge. Il répondait au nom de Mimi, ce qui fit sourire intérieurement Névtelen. Ils arrivèrent au bac à la nuit tombante. Le passeur ne résista pas à l'attrait de faire payer une course plus chère. La journée avait été bien calme et les temps bien durs avec cette guerre, c'est pourquoi il demandait un supplément d'autant plus qu'avec ce tracks il ne savait pas si son bateau allait tenir dans le courant qui avait bien forci ces derniers jours. Ce à quoi Maester répondit qu'il ne pouvait pas payer aussi cher d'autant plus qu'il avait eu une mauvaise saison aussi et qu'il venait de se faire attaquer, sans compter les frais d’enterrement qu'allait entraîner le décès de son serviteur qu'il ne pouvait quand même pas abandonner là juste sur l’embarcadère avec ces loups qui traînaient autour. La discussion s'éternisait quand on entendit le hurlement d'un loup suivi d'un autre. A en juger par leur puissance, ils n'étaient pas très loin. Le marchandage s'accéléra brusquement et on tomba d'accord. La carriole fut embarquée promptement et le passeur se mit à hâler sa barge. C'est ainsi qu'ils arrivèrent aux portes du village au moment où elles se fermaient pour la nuit. Le garde poussait sans s'arrêter malgré leur arrivée. Maester cria :
- Ne fermez pas, ne fermez pas votre maître m'attend !
L'homme eut un instant d'hésitation suffisant pour que la carriole soit assez près. Hada Maester avait déjà sauté de son siège pendant que Névtelen maîtrisait le tracks. Il tenait à la main une pièce qu'il fit miroiter dans la lumière du soleil couchant. L'homme l'empocha vivement. Il ouvrit la porte en maugréant avec une vitesse calculée pour donner l'impression qu'il ne faisait cela que par obligation. Maester fit signe à Névtelen de faire avancer l'attelage. Le village semblait bien endormi.
- Allons vers l'auberge, par là !
Le bruit des roues fit venir aux fenêtres quelques visages vite engloutis par la pénombre de leur intérieur. Leur marche dura peu. Sous un toit de chaume, une maison plus vaste découpait sa silhouette sombre sur le ciel qui virait au noir. Ses fenêtres laissaient échapper de la lumière et un air entraînant laissait augurer d'une bonne ambiance. Maester frappa à la porte. L'homme courtaud et au souffle court qui vint ouvrir, lui lança un grand :
- Bonjour, seigneur Maester, vous voilà de retour. Quel plaisir de vous voir en bonne forme. Dites à Tosen de mettre la carriole comme d'habitude...
À la vue de la figure de son interlocuteur, il s'arrêta net. Son visage jovial devint grave.
- Il est arrivé quelque chose ?
- Nous nous sommes fait attaquer dans la descente du col. Ces mécréants ont fui sans rien pouvoir voler, mais Tosen l'a payé de sa vie. Il est dans la carriole.
- Nous lui ferons de belles funérailles, seigneur Maester. Depuis le temps qu'il vous accompagnait...
C'est alors qu'une silhouette se précipita dans ses jambes :
- Oui, mais y a un ange qui nous a sauvés !
- Demoiselle Vodcha ! C'est un honneur et un plaisir que de vous voir en bonne forme. Ma femme a justement préparé une compote dont vous me direz des nouvelles.
Vodcha battit des mains et entra en courant.
- Un ange ? demanda le tavernier.
- Un voyageur comme nous qui nous a bien aidés dans la bataille. Il avait dans le dos de curieuses plaques de bois qu'il utilise quand la neige n'est pas tassée. Je l'ai engagé pour remplacer Tosen.
- Vous lui avez fait confiance comme cela.
- Je pense que c'est un mercenaire des hautes terres qui rentre chez lui. La guerre ne paye pas en hiver. Il parle peu, connaît les bêtes et est à la hauteur en cas de coups durs.
L'aubergiste fit une mimique dubitative.
- Non, je ne crains pas de me tromper. C'est Vodcha qui a parlé d'ange en le voyant. Montrez-lui ce qu'il doit faire.
L'homme se dirigea vers Névtelen qui frottait le museau du tracks. Les nuages s'écartèrent laissant luire la lune. C'est alors qu'on entendit le hurlement des loups.

dimanche 16 décembre 2012

- Je sais que tu ne resteras pas, Névtelen.
Virnita était venu à la forge.
- Pourquoi dis-tu cela Virnita ? Je suis bien ici. L'hiver vient d'arriver. Regarde la neige tombe encore !
Névtelen avait cessé le travail quand Virnita était arrivé dans l'abri sous roche. Cela faisait maintenant deux lunaisons que Névtelen travaillait le métal pour les Ouatalbi. C'était un petit peuple, mais un peuple ancien. Les légendes disaient qu'ils avaient connu les grands êtres, ceux qui volaient et qui étaient grands comme des montagnes. Les légendes disaient aussi qu'ils avaient été un grand peuple qui couvrait la plaine. Mais maintenant, ils s'étaient réfugiés dans ce cratère. La terre y était dure et peu généreuse mais, personne ne pouvait les en déloger. Il avait quand même fallu composer avec les puissants voisins. Quand Yas avait pris le pouvoir, Virnita avait négocié pour garder la paix. Ils n'avaient pas d'or, pas de métal, ils avaient donc donné des hommes pour les armées de Yas. Mais des hommes, ils en avaient donné depuis si longtemps. Les jeunes partaient dans d'autres régions pour survivre. Ici, dans le cratère, on était pauvre. La terre ne permettait que de nourrir un nombre limité de personnes. Il fallait faire des choix. Un homme restait quand cinq partaient. Il se trouvait chef de famille, avec plusieurs épouses puisque les femmes ne partaient pas. C'est elles qui assuraient la plus grande partie du travail. Dix chefs faisaient un clan reconnaissable à son chapeau fait de tresses végétales. Chaque clan, chaque famille avait le sien. Les chefs de clan se réunissaient pour faire un conseil et on désignait le Virnita. Celui qui était ainsi désigné, prenait ce nom. Névtelen avait voulu en savoir le sens. Virnita lui avait expliqué qu'à l'origine, il s'agissait d'un nom propre mais qu'il était devenu à la fois le nom et le terme pour désigner la fonction de chef. Ce nom avait un écho de bienfaits et de sagesse. Avant de s'appeler Virnita, et bien, il était fils de Toulma du clan des Voualdi.
- Je sais que tu ne resteras pas car notre chamanesse l'a vu quand elle a lancé les os de la divination. Ton destin est ailleurs, comme ton nom est ailleurs. Elle m'avait déjà prévenu avant que tu n'arrives. « Viendra l'homme aux loups, maître du feu. Alors les temps changeront et reviendra le temps des légendes. Accueille-le nous participerons à sa joie, repousse-le nous connaîtrons les ténèbres. Mais surtout ne le retiens pas quand reviendront les loups ! »
Névtelen était toujours étonné du crédit que Virnita accordait à la chamanesse. C'était une vieille femme qui semblait hors d'âge. Toute courbée, elle avançait appuyée sur un bâton tordu. Elle lisait les réponses aux questions qu'on lui posait, dans la position des petits os qu'elle jetait sur le sol.
- Mes soldats ont vu les loups noirs quand tu es arrivé. Je ne me mettrais pas sur ton chemin.
- Je ne sais pas où aller. Aller tuer un monstre volant comme le voulait le gouverneur de Maskusa, me semble vain. 
- Tu devras demander à Ouldanabi la chamanesse. J'étais venu te remercier pour tout ce que tu as déjà fait. Nos armes n'ont jamais été aussi bonnes.
- Virnita ! Virnita ! Il y a eu un effondrement dans le clan des Maldana.
Un homme venait de surgir dans l'abri. Virnita lui emboîta le pas. Névtelen le regarda partir avant de se remettre au travail. Quand la lumière se mit à baisser, il entendit parler de l'effondrement. Parmi les hommes qui amenaient du combustible, il y avait des célibataires du clan des Maldana qui attendaient la fin de l'hiver pour partir. Ils étaient de corvée pour amener le combustible. Ils étaient partis derrière Virnita pour aller aider à dégager. Névtelen vit à leurs visages fermés que les évènements étaient graves. Il les laissa raconter. La terre au-dessus de la grande maison avait glissé emportant la maison et ceux qui étaient dedans. Le chef de la famille était resté sous la masse de terre et de neige. Il y avait aussi trois femmes et des enfants. Ils avaient passé la journée à dégager neige et boue pour dégager les corps. Le reste du clan avait fait bloc et était venu à la rescousse. Les survivants avaient été répartis dans les autres maisons. Virnita avait coordonné les secours. Deux enfants avaient été retrouvés vivants. Pour eux, on ferait la fête ce soir. Les autres auraient le droit à la cérémonie de l'ensevelissement des braves. Depuis son arrivée, Névtelen avait entendu parler de leurs dieux. Il y avait un dieu de la chaleur et un dieu du froid. Leurs rencontres étaient toujours une bataille. Ce qui arrivait aujourd'hui était une des conséquences de ces combats entre les dieux. Névtelen avait ainsi forgé des petites statues qui lui évoquaient ces conflits. Il en donna une au chef des hommes du clan Maldana.
- On dirait un gros oiseau ! dit celui-ci.
- Oui, dit Névtelen, ce sont les capes des dieux qui font comme des ailes.
- Montre-les à Ouldanabi, répondit l'homme, en lui rendant.
- Il a raison. Elle saura si c'est une bonne chose, dit un des autres membres du clan.
Névtelen les posa sur une étagère en pierre creusée dans la paroi. Ouldanabi devait passer par la forge dans la soirée. Il se dit que le mieux était de l'attendre.
Il était dans sa tente près de la forge quand elle arriva. C'est ainsi qu'il appelait l'abri qu'il déployait le soir comme les autres célibataires dans l'abri. En tant que maître du feu, il avait une place près du foyer. Les autres avaient déployé les leurs selon des règles de hiérarchie que Névtelen ne possédait pas. Il entendit une voix aiguë dire :
- Qui a fait ça ?
Il sortit de sa tente, bientôt rejoint par les autres. Ouldanabi appuyée sur son bâton torve, se tenait debout devant les statuettes. Névtelen la rejoignit.
- J'ai fait ce que je pensais devoir faire.
Un regard de feu se tourna vers lui.
- Qu'as-tu fais ?
- Le malheur frappait le clan Maldana. J'ai senti son malheur et mes doigts ont forgé.
- Viens par là, et vous autres allez dormir !
Ouldanabi prit Névtelen par la main et l'entraîna dans des couloirs. Elle lui avait fait prendre les avatars qu'il avait forgés. Ils marchèrent un bon moment. En cette heure avancée ils ne croisèrent personne. Le silence régnait, simplement troublé par la démarche à trois temps de Ouldanabi. Ils atteignirent enfin une caverne creusée fermée par une peau blanche aux poils longs. La chamanesse prit la torche qui était dans le couloir, souleva la tenture et lui dit d'entrer. La pièce était assez grande pour que la périphérie reste dans le noir. Ouldanabi s'assit sur un banc de pierre en soupirant.
- Assieds-toi, Névtelen. Je veux te rencontrer depuis longtemps. Virnita m'a trop retenue. J'ai négligé cela et ce que je craignais est arrivé.
Névtelen s’assit, étonné par le discours. Depuis qu'il était dans le cratère, il avait ressenti sa vie comme calme et sereine.
- Quelle est cette crainte ?
- Notre peuple vit retiré des grands mouvements du monde depuis des générations. Sa survie en dépendait. Aujourd'hui le monde change beaucoup. Mes augures me montrent que de nouvelles forces sont en action dans notre aujourd'hui. Et tu arrives avec ta maîtrise du feu. Ta présence fait bouger la terre. Tes figurines sont remplies de puissance. Reste une question : laquelle ?
Névtelen sursauta. Avait-il encore fait un objet comme la lame noire ? Son intention était toute différente. Il avait voulu consoler et rassurer les gens du clan qui, comme tous les autres l'avaient bien accueilli. Il ne savait pas combien ils étaient, alors il avait fait un nombre de figurines au hasard. En écoutant Ouldanabi, il avait l'impression que le hasard n'était pas si hasardeux que cela.
- Tu as fait autant de représentations du combat des dieux que de clans. Savais-tu le nombre de clans ?
- Non, je n'ai pas rencontré tout le monde.
- Alors regarde !
Ouldanabi sortit des osselets de sa poche et les jeta au sol sur une zone couverte de terre. La dizaine d'ossements se dispersa un peu. La chamanesse grogna en regardant son jet.
- Étonnant ! Tu vois comme la puissance est là.
Névtelen ne voyait rien. Il avait posé les statuettes près de l'entrée. Il les regarda en s'interrogeant. Elle posa un doigt sur un des petits os.
- Là, regarde !
Ses yeux semblaient briller de plaisir.
- Des simalbabas !
Elle se mit à rire :
- Des simalbabas !
- Qu'est-ce ?
- Tu es vraiment un être hors de l'ordinaire. Je ne pensais pas voir un tel évènement.
- Mais qu'est-ce que c'est ? s'énerva Névtelen.
- C'est vrai que ta mémoire t'a été volée. Les simalbabas sont des relais de la puissance des dieux. Là où ils sont, la force est là. Les tiens sont particuliers. Ce sont des simalbabas à fixer le monde.
- Je ne comprends pas. Qu'est-ce que cela veut dire ?
- Tu n'es pas un humain, Névtelen. En tout cas pas un humain comme Virnata ou même comme moi. Tu es un relais des dieux. Voilà pourquoi leur puissance coule par tes doigts. Regarde, regarde les augures. Tes simalbabas sont accordés au cratère. Nous allons les enfouir à côté de chaque poteau de clan. Ainsi ce qui est arrivé aujourd'hui ne pourra advenir à nouveau.
Névtelen s'en réjouit.
- Ne crie pas victoire trop tôt, Homme qui ne sait pas son nom.
- Pourquoi m'appelles-tu comme cela ?
- C'est ce que veut dire ton nom, que tu n'en as pas. Tu ne peux rester ici, Homme qui ne sait pas son nom.
- Mais pourquoi n'y a-t-il pas de lieu pour moi ?
- Attends, Névtelen, je vais relancer.
Ramassant tous les osselets, Ouldanabi les secoua entre ses deux mains et refit un lancé. Elle scruta la position de tous les éléments de son étrange jeu :
- Tu trouveras ce lieu quand le chasseur sera chassé. Pour cela, il faut que tu reprennes ta route. Maintenant va, les augures signalent que celle dont les yeux sont rouges t'attend.

jeudi 13 décembre 2012

La bataille faisait rage. Du haut de la colline, caché entre deux rochers, Névtelen regardait l'enchevêtrement des combats en dessous. La louve semblait décontenancée. Manifestement, elle avait pensé emprunter cette plaine. Elle s'était assise en arrière et regardait, elle aussi, ce qu'il se passait en bas. Névtelen lui dit :
- Tu vois la louve, il y a les troupes de Saraya et celle de Altalanos. J'ai pas trop envie de participer à leurs jeux.
La louve pencha la tête.
- On dirait que tu comprends. Je ne sais pas quel est ton but, pas celui de me manger en tous cas.
On va attendre la nuit et on essayera de passer.
Comme si elle avait compris la louve se coucha. Les deux armées se combattaient dans une vallée assez large pour que les tracks puissent manœuvrer. La journée s'avançait doucement quand on entendit du bruit. Névtelen se réfugia dans un passage entre les rochers. Les loups semblaient s'être volatilisés. Bientôt, il entendit une troupe avancer. Ils haletaient sous le poids de leur harnachement. C'étaient des fantassins. Les longues piques furent les premières à apparaître au-dessus des frondaisons. Névtelen se renfonça encore plus dans son étroit passage. Les rochers gros comme des maisons, faisaient tout un dédale de couloirs tortueux. Il espéra qu'ils allaient passer sans s'arrêter.
- Par là, on dirait que ça passe, dit une voix.
- Ça fait quand même une belle marche, dit une autre.
- Ouais, mais on n'a pas le temps de chercher ailleurs, reprit la première.
Bientôt, on entendit le raclement du métal sur la pierre. Névtelen se dit qu'ils allaient passer juste devant l'entrée du passage où il avait trouvé refuge. Prenant mille précautions pour ne pas faire de bruit, il s'enfonça plus avant. Une main se posa sur son épaule. Il sursauta en se retournant.
- Chut !
L'homme joignit le geste à la parole. Le casque qu'il avait sur la tête était rouillé, mais l'épée courte qu'il avait à la main était bien affûtée. Derrière lui, il découvrit d'autres hommes aux visages tendus, prêts à en découdre. Névtelen laissa sa place. Il y eut le bruit des pas et les raclements des armes sur la pierre des rochers non loin d'eux mais personne n'entra dans le passage. Quand ils furent passés, les guerriers leurs emboîtèrent le pas. Névtelen serait bien resté tranquillement, mais un des gaillards, le poussa en avant. Contre son gré, il se mit à les suivre. Ils se déplaçaient en hommes habitués à la marche dans les bois. Ils ne parlaient pas, communiquaient par signes et bougeaient en un ensemble bien entraîné.
L'attaque fut fulgurante. Deux autres groupes attaquèrent simultanément la colonne. Le combat fut bref. Les archers, en embuscade, avaient fait merveille. Le chef de la manœuvre se révéla être l'homme du rocher. Il fit ramasser les épées, les flèches, les arcs mais laisser les piques trop grandes. Les deux combattants survivants qui tenaient encore debout, étaient adossés à un arbre sous la garde de deux soldats. L'un se tenait le bras, l'autre semblait indemne. Névtelen toujours suivi de près par un soldat se vit délester de son arme et de son couteau. Il détourna quand il vit les soldats achever les blessés qui ne pourraient pas marcher. Bientôt il ne resta que des morts allongés par terre. Les deux survivants furent entravés et poussés pour avancer. Névtelen fut aussi poussé. Les hommes se séparèrent de nouveau en plusieurs groupes. Névtelen se retrouva à marcher non loin des survivants. Ils s'enfoncèrent dans un hallier. Il remarqua que les deux derniers effaçaient les traces. Ils marchèrent un long moment. Ils atteignirent une barre rocheuse assez haute. Ils la longèrent vers le soleil couchant. Marchant la lumière dans les yeux, ils atteignirent une entrée de grotte et s'y engagèrent. Ils allumèrent des torches et s'enfoncèrent dans des couloirs sombres et tortueux. Derrière eux, la nuit tombait.
Névtelen se posa la question de sa survie. Les trois hommes furent conduits dans une grande grotte. La lumière venait de quelques torches et d'un feu qui flambait contre une paroi. Dans les ombres changeantes, Névtelen avait du mal à repérer ceux qu'il avait déjà vus. Les prisonniers furent conduits dans un coin. On les fit asseoir. L'homme qui l'accompagnait, lui tapa sur l'épaule et lui fit signe de le suivre. Il fut conduit près du feu. Un guerrier petit et au visage rond étudiait une écorce sur laquelle étaient tracés des dessins. Sans lever la tête, il prit la parole :
- On t'a trouvé sur notre territoire. Que viens-tu y faire ?
Névtelen écouta l'accent lui rappeler quelque chose, mais quoi ?
- J'essaye simplement d'éviter les combats.
- Tu sais qu'il y a beaucoup d'espions aussi.
L'homme releva le visage. Il avait les yeux un peu plissés, pourtant la lumière n'était pas très forte.
- Amenez une torche !
Un homme se précipita et rapporta de la lumière. Celui qui donnait les ordres mit la torche près du visage de Névtelen.
- Tu n'es pas de cette région ! D'où viens-tu ?
- Je ne suis qu'un forgeron itinérant qui fuit la guerre. J'ai entendu parler d'une vallée plus loin dans la montagne où la guerre serait absente.
- Il avait ça ! dit un guerrier en tendant son marteau et son couteau.
Le chef sursauta en voyant les objets.
- Le couteau est Izuus et je n'ai jamais vu de forgeron avec une telle arme.
- Je forge avec. Et oui, le couteau est Izuus, j'ai travaillé chez eux.
- Tu reconnais que tu viens de là-bas.
- Je ne suis pas Izuus, ni attaché aux Izuus. J'ai travaillé pour ceux qui me payent.
Le chef manipulait le marteau.
- Qu'on le conduise à la forge et qu'il répare ce qui doit être réparé.
Se tournant vers Névtelen, il ajouta :
- J'espère pour toi que tu es ce que tu dis.
Un soldat lui tapa sur l'épaule et lui fit signe de le suivre. Le chef lui remit le marteau mais garda le couteau. Névtelen vit qu'on amenait les prisonniers. Ils sortirent de la grotte par un couloir qui semblait s'enfoncer dans le cœur de la montagne. Ils marchèrent un bon moment.
- Pour qui vous battez-vous ? demanda Névtelen.
- Virnita se bat pour nous et les nôtres. Mais tu sauras si tu es ce que tu dis.
Névtelen n'osa pas insister. Il venait d'apprendre le nom de celui qui dirigeait et a priori il n'était ni pour Saraya, ni pour Altalanos. Il n'alla pas plus loin dans ses réflexions. Ils venaient d'entrer dans une grande salle ouverte sur l'extérieur. Un feu y ronflait, alimenté par des hommes à moitié nus. Dans un coin une pierre servait à marteler le métal. Il y avait là nombre d'armes abîmées qu'un forgeron martelait avec force. Névtelen fut révulsé par la manière dont il frappait le métal. C'était puissant mais inefficace. Il prit le marteau des mains du soldat :
- Donne, il fait n'importe quoi !
Névtelen s'approcha de l'homme qui frappait le métal. Sa carrure était deux fois la sienne. Névtelen vit qu'il frappait un métal trop froid. Par contre, il admira la pierre dont la surface lisse traduisait le long usage. Elle devait contenir beaucoup de métal pour avoir cette couleur et ne pas se briser sous les coups redoublés de celui qui martyrisait le métal. Il regarda une des armes supposées prêtes à l'usage. Il la remit au feu. La noria des porteurs de combustible s'arrêta. Le forgeron tout à son martèlement semblait ne rien entendre. Névtelen parla au feu. Celui-ci sembla se mettre à danser. La chaleur augmenta brusquement dans cet abri sous la roche. Le marteleur s'arrêta, portant un regard mauvais vers le feu :
- Mais qu'est- ce que vous f...
Il s'arrêta brutalement en voyant Névtelen. Il le regarda, regarda le feu, regarda de nouveau Névtelen qui avait le marteau à la main et qui tenait l'épée au feu avec une pince.
- Mais qu'est-ce que c'est que ce b...
Névtelen l'interrompit en sortant la lame du feu, il la posa avec dextérité sur la pierre-métal. Il frappa à petits coups secs et précis, reprenant le fil de l'épée. Il la remit au feu et recommença. Tout le monde autour s'était arrêté pour le voir faire. Pour finir il trempa la lame encore rouge dans le bac d'eau de la source.
Le forgeron s'approcha, lui prit la lame, la regarda attentivement. Il se retourna vers Névtelen.
- Virnita nous a trouvé un maître forgeron. Je savais qu'il existait des gens comme toi, mon maître m'en a parlé mais jamais je ne pensais en rencontrer un de mon vivant.
Se tournant vers le soldat qui avait amené Névtelen, il lui dit :
- Va remercier Virnita. Je vois encore là qu'il prend soin des nôtres.

mardi 11 décembre 2012

La fonte de la neige le surprit. Dans son esprit quand la neige tombait avec cette qualité, elle restait. En fait la température extérieure avait remonté. La neige était devenue pluie fine, têtue. Quand il était arrivé dans ce village, il n'avait pas donné son nom, ni d'où il venait. Il était arrivé, sale, dépenaillé. L'aubergiste l'avait pris pour un réfugié et avait agi en conséquence. Il lui avait donné à manger contre un service. C'est comme cela qu'il s'était retrouvé à soigner des tracks. Il avait retrouvé des gestes familiers, encore une fois. Il ne se rappelait où il avait pu soigner des bêtes. Les tracks étaient des bêtes farouches, tous les cavaliers vous le diront. « Moins que les dragons ! » pensa-t-il. Il avait ainsi travaillé quelques jours. L'aubergiste l'appelait quand il avait besoin de lui :
- Hé, toi ! Viens par là et nettoie le cellier.
Un jour, il s'approcha de lui et lui demanda :
- T'as un nom ?
Il s'était préparé. Il ne voulait pas qu'on l'appelle Puissanmarto. Ce nom n'était pas le sien. Si jamais les Izuus cherchaient sa trace, il était préférable d'avoir un autre patronyme. Il choisit une sonorité qui s'entendait bien avec la langue locale.
- Ouais, Névtelen.
L'aubergiste eut ce rictus qui découvrait ses chicots et qu'il nommait sourire.
- Alors Névtelen, va t'occuper des tracks.
C'est ainsi qu'il s'était intégré dans la population locale : Névtelen le réfugié. On ne lui posait pas de question sur son passé, pas plus qu'aux autres. On en profitait simplement.
Sous la pluie, il menait les bêtes à l'abri. Les courriers parlaient peu. Fatigués, trempés, ils aspiraient surtout à se réchauffer. Les jours passèrent qui devinrent des lunes, les messagers étaient de plus en plus fréquents. Leurs visages fermés laissaient à penser que les nouvelles n'étaient pas très bonnes. L'aubergiste maugréait contre cet hiver trop doux qui ne tuait pas la vermine et qui n'arrêtait pas la guerre. Car c'est bien ce qu'il se passait. La guerre entre Altalanos et Saraya continuait. Si Saraya en épousant Sacha avait fait alliance de fait avec les Izuus, Altalanos lui avait vaincu le général Lujàn. Des quatre grands généraux de Yas, ils restaient deux dans un face à face qui ravageait le pays.
La nouvelle lune fut le signal d'un exode. De nouveaux réfugiés arrivèrent en masse. La guerre se rapprochait. Les gens du village voyaient d'un mauvais œil ces nouveaux arrivants. On ne pouvait pas les nourrir tous. Le prix des denrées se mit à flamber. La tension montait dans la région. Il y eut le jour noir. La journée avait commencé comme souvent pour Névtelen. Il était parti avec les tracks pour les faire boire. C'est pendant qu'ils s'abreuvaient, qu'il avait entendu les cris. Dans la maison du père Zsugori, on hurlait. Névtelen vit sortir le groupe des ouvriers de la ferme armés de faux, de fourches et d'autres ustensiles aussi dangereux. À la tête de la colonne, le Zsugori lui-même armé d'une hache, criait :
- À mort ! À mort les voleurs ! Sus aux étrangers !
Les tracks devinrent très nerveux devant le bruit. Névtelen les calma comme il avait déjà vu les soldats le faire. La colonne passa devant lui sans le regarder. Il eut un soupir de soulagement quand ils furent passés. Il les vit se diriger vers le camp des réfugiés au bout du village. Bientôt des bruits de bataille lui arrivèrent aux oreilles. Il vit d'autres villageois avec leurs ouvriers aller prêter main forte aux assaillants. L'aubergiste était sorti sur son pas de porte. Les soldats qui étaient là, sortirent aussi avec leur timbale dans une main et le pichet dans l'autre. L'auberge étant en haut du village, on pouvait voir ce qu'il se passait. Névtelen les écouta commenter la bataille. Il entendit l'aubergiste se réjouir de punir ses voleurs de volailles et détrousseurs de potager. Les soldats en rajoutaient en parlant d'espions et de francs-tireurs infiltrés parmi les réfugiés. Névtelen raccrocha les tracks discrètement sans faire trop de bruit. Il n'attira pas l'attention des spectateurs obnubilés par le combat qui faisait rage en bas. Est-ce un combat ? Il en doutait. Il avait vu passer la plupart de ceux qui étaient dans le camp. Il n'avait vu que de pauvres hères fuyant l'horreur. Ce qu'il entendait et ce qu'il voyait confinait au massacre. Il s'éloigna. Arrivé aux écuries, il rassembla ses affaires, fit son balluchon. Déterrant son marteau, il le remit à la ceinture. De l'autre côté, il ajusta la forte lame du couteau qu'il avait dissimulé quand un courrier l'avait perdu. Sans jeter un coup d’œil en arrière, il se mit en marche. Passant derrière l'auberge, il longea le potager. Il vit les autres serviteurs de l'auberge qui continuaient, le dos courbé, à s'occuper des légumes. Pas un ne leva la tête. Névtelen ne se fit pas d'illusion. L'aubergiste serait prévenu de son départ. Il pensa qu'il serait bon de dissimuler ses traces quand il serait dans le bois.
Quand il entra sous les branches basses de la forêt, il eut l'impression de plonger dans la nuit. La faible lumière de cette morne journée n'entrait que difficilement dans cette forêt touffue aux branches basses. Il marcha d'un bon pas pendant la moitié de l'après-midi. En rencontrant un ruisseau, il avait décidé de marcher dans l'eau vers l'amont. Cela lui sembla une bonne idée. Il avait quitté ses sandales et s'était engagé dans l'eau froide. Presque mille pas plus loin, il avait trouvé une liane qui pendait au-dessus du ruisseau. Il l'avait attrapée et s'était hissé en haut d'un arbre. Il avait ainsi pu passer d'un tronc à l'autre. Quand la nuit se mit à tomber, il était bien calé sur une branche maîtresse d'un arbre vieux de plusieurs générations. Il sombra rapidement dans le sommeil.
C'est la sensation de faim qui le réveilla. Il était parti rapidement sans emporter de provisions. La violence l'avait fait fuir. Avec l'hiver qui s'annonçait et la guerre qui se rapprochait, la survie même du village était en cause. Il se demanda si, lui aussi, aurait fait cela dans son village. Son village ! Où était-il ? Cette mémoire perdue était comme une plaie ouverte. Il connaissait trop de choses sur la forge pour que ce soit un hasard. Il s'était cru forgeron. Ici, il avait redécouvert les gestes de soins aux bêtes. Avait-il eu un troupeau ? Il s'était vu comme un de ces paysans qu'il avait vu dans le village. Maintenant il retrouvait des réflexes et des gestes qui lui rappelaient les militaires. Avait-il été soldat ?
Son ventre gargouilla le ramenant au présent. Il allait descendre de son arbre quand il entendit du bruit. Il se plaqua contre le tronc. Il était assez haut pour être protégé. Il entendit arriver des soldats qui s'arrêtèrent dans la clairière non loin de là. Ils discutèrent entre eux pour retrouver leur chemin. Il se pencha un peu en avant pour les apercevoir. Il ne distingua pas grand chose. Quelques uniformes chamarrés tranchaient sur le vert sombre de la forêt. Il se rencogna contre le tronc quand les tracks se remirent au trot. Névtelen eut une brève vision du groupe quand ils passèrent juste sous sa branche. Aucun ne leva la tête. Il attendit un peu et commença sa descente. C'est alors qu'il y eut comme un aboiement de chenvien, mais un chenvien enroué. Il se posa la question de ce qui pouvait crier comme cela. Cela lui évoqua une bête assez grosse. Il préféra prendre son marteau à la main. La question de la direction se posa. Les cris venaient de la direction prise par les soldats, il décida de partir dans l'autre sens. Son estomac attendrait. Il partit en petites foulées. La matinée passa comme cela. Près d'un ruisseau, il fit une pause pour se désaltérer. Il fouilla son baluchon. Il trouva une galette desséchée qu'il avait mise là au cas où quand il avait entendu les premières réflexions sur « ces réfugiés qui venaient piller le bien des honnêtes gens ». Il mâcha longuement. Il n'irait pas loin avec aussi peu de provision. C'est à ce moment-là que sans un bruit, il vit le loup. Névtelen qui s'était appuyé contre un arbre, ne bougea plus. Le loup était assez loin. Il espéra qu'il ne l'avait pas vu. En plus sa chasse avait été bonne. Il transportait dans sa gueule un jako à en juger par la forme. Névtelen retenait sa respiration. Avec une lenteur calculée, il déplaça sa main pour attraper son marteau. Il sentit le sol sous ses doigts. Les aiguilles heureusement ne crissaient pas. Il commença à chercher le manche du marteau en tâtonnant, n'osant pas quitter le loup des yeux. Il s'inquiétait de voir ce loup debout là, un jako dans la gueule et qui ne bougeait pas. Ses doigts rencontrèrent enfin quelque chose. Névtelen sursauta en retirant sa main à toute vitesse. Il avait senti des poils. Il eut un instant de panique en voyant la gueule noire d'un autre loup juste à côté de lui. Et puis, ces yeux rencontrèrent d'autres yeux, des yeux rouges. Il sauta sur ses pieds en reconnaissant le loup noir aux yeux rouges. Il lui entoura le cou de ses bras, la bête ne bougea pas, émettant même une sorte de ronronnement. Névtelen remarqua alors les autres loups, allongés tout autour d'eux. La grosse bête aux yeux rouges à qui il devait son marteau, était en fait l'alpha d'une meute de loups noirs. Celui qui portait le jako se rapprocha et déposa son fardeau à ses pieds. Névtelen se mit à rire :
- Alors là ! Voilà encore un mystère de plus. Serais-je un homme-loup ?
Il n'attendit pas de réponse et se mit à dévorer le jako qu'on lui avait amené. Quand il eut fini, la louve aux yeux rouges se leva. Ce fut comme un signal, toute la troupe fit comme elle. Deux loups engloutirent ce qui restait du jako. La louve le poussa dans le dos et se mit en marche. Névtelen se mit à la suivre. Elle accéléra le pas, Névtelen aussi. Elle passa au petit trot, Névtelen se mit à courir. Autour d'eux, la meute s'était déployée. Névtelen ne se posa plus de question. Il était accueilli par ceux qui l'avaient reconnu. Il pensa qu'ils allaient le conduire là où il pourrait retrouver la mémoire.

dimanche 9 décembre 2012

TROISIEMES SAISONS

Le dragon le laissa se reposer. Il nota que, comme la première fois, il l'avait arrêté au moment où il abordait le récit de l'hiver. Il se laissa aller. La roche était inconfortable mais il s'endormit sans difficulté. Il fut réveillé par un bruit de la roche qu'on raclait. De nouveau il trouva à manger et à boire. La nourriture était toujours aussi infecte. Son corps réclamait encore du repos. Il s'allongea du mieux qu'il put.
Il se réveilla en sursaut. Le rêve était revenu. Dans l'antre même du dragon, il revivait une nouvelle fois ce rêve de le chevaucher en vol. La peur lui revint, lui broyant le ventre dans ses griffes puissantes. Il ne comprenait pas. Il avait eu peur dans sa vie, mais jamais comme cela. Le grand saurien avait eu au moins cet effet de lui rendre la mémoire. Si le rêve et le nom de Solvette lui étaient revenus il y a bien longtemps, il n'avait retrouvé toute sa mémoire que dans ce boyau de pierre.
Il ne se voyait pas d'avenir. A moins que son histoire ne fasse changer le dragon d'avis. S'il l'avait parfois interrompu dans son récit, cela avait été pour lui faire préciser un détail ou mieux décrire un personnage. Il eut l'intuition que le dragon s'amusait avec lui. Il laissa ses pensées errer sans but.
Quand il rouvrit les yeux, la lumière brillait dans la caverne comme le signalaient les fentes lumineuses autour de la pierre roulée devant son refuge.
Il sursauta quand elle roula. L'œil jaune du dragon la remplaça :
- Alors, petit homme aux multiples noms, es-tu prêt à continuer ?
Il soupira. Il choisit la position la plus confortable pour parler en se disant qu'il n'y aurait pas d'autre jour. Il n'avait connu que deux hivers.

jeudi 6 décembre 2012

Les soudards qui rentrèrent ne firent même pas attention à lui. Ils parlaient haut et fort. Tout le monde dans l'auberge comprit qu'ils faisaient partie de l'armée de Saraya.
- Amène à boire, tavernier, gueula un des hommes.
Ils s’attablèrent bruyamment en posant leurs armes sur la table ou contre le mur.
- Et moi, j'te dis qu'on aura la paix avec les Izuus !
- Ils les ont massacrés ?
- Non, Saraya a rencontré l'ange de la mort.
Un autre reprit :
- C'est pas lui qui se disait ange de la mort ?
- Si fait, mon gars !
Les pots moussus de bistal arrivant, la conversation s'arrêta. Puissanmarto sortit pour aller s'occuper des tracks. Par les fenêtres ouvertes, il entendait les soldats continuer à discourir sur les mérite du postérieur de la servante. Ils burent avec bruit en éructant tout en échangeant des plaisanteries de mauvais goût.
Puissanmarto était arrivé là depuis quelques jours. En chemin, il avait rencontré des villages rasés et brûlés et d'autres intacts. Il avait ramassé ça et là des nippes plus que défraîchies. Ainsi paré, lors des rencontres qu'il avait faites, on l'avait pris pour un mendiant ou quelque chose d'approchant. Il était maintenant dans cette petite bourgade hors des grandes routes. Sa position géographique lui avait donné l'avantage de ne pas voir passer les armées et de ne pas connaître de bataille. Seuls passaient des groupes légers de courriers. Ce jour-là deux groupes venaient de se croiser dans le village.
Puissanmarto s'occupait des tracks et chassait les ptiss qui énervaient les bêtes. Tout en faisant cela, il écoutait les soldats qui échangeaient des nouvelles. Les uns venaient du bord du grand lac Jelentos et rejoignaient Saraya pour lui porter la nouvelle de la résistance du général Altalanos. Les autres venaient de Mocsar. Puissanmarto dressa l'oreille pour entendre ce qu'ils disaient. Au deuxième pot de bistal, ils commencèrent à se vanter :
- Face à Altalanos, on rigolait pas. C'est des redoutables. Ils connaissent le pays comme leur poche. A chaque fois, on perdait la moitié des hommes.
- Ouais, mais t'étais pas sur le chemin de Mocsar. J'ai participé à tous les combats.
- Et alors moi aussi ! Tiens regarde, ça c'est pas du faux ! dit le soldat en montrant la plaie à peine cicatrisée qu'il avait sur le bras.
- J'te dis pas, mais t'as pas vu l'ange de la mort ! Fait soif ici ! ajouta-t-il en tapant sa timbale sur la table
Le soldat ne put que se rendre aux raisons de l'autre. Les plaies et les cicatrices étaient banales, mais le combat de Mocsar, faisait déjà partie des légendes. La servante amena un autre pot de bistal. Alors il commença son récit :
- Le général nous avait fait savoir qu'une caravane descendait de Maskusa, qu'elle aurait des armes et qu'il fallait l'intercepter. J'étais dans le troisième groupe. Nos éclaireurs l'ont repéré facilement. Ils ont été tester leurs défenses quand ils étaient près du gué. Les Izuus sont aussi de sacrés combattants. On savait qu'il y aurait des hauts gardes mais on s'attendait pas à ça !
Le soudard s'arrêta de raconter pour vider son gobelet. Quand il le reposa, on lui remplit aussitôt. Les autres étaient suspendus à ses lèvres.
- L'ange de la mort a surgi des brumes du matin. Il avait un corps de femme et des ailes à la fourrure sombre. Son arme est noire comme la mort et son regard te retire tout envie de te battre. Nous y avons perdu presque tous les nôtres. Le chef n'a pas voulu courir de risque, il a tendu un piège dans les collines de la route de Mocsar. Mais là aussi, il était là.
- L'ange de la mort en plein soleil !
- Oui, monté sur un tracks, lancé au galop. Sa puissance était telle que tous les miburs ont chargé derrière lui. Nos lignes ont été enfoncées. Là aussi nos pertes furent lourdes. Le chef a envoyé un émissaire au général qui était à trois jours de marche. Là où on a eu de la chance, c'est qu'ils ont dû récupérer leurs bêtes. Quand le messager est revenu, la caravane était à peine reformée. L'armée d'Aserfg entière arrivait à marche forcée avec le général lui-même.
- Comment ça, il a déplacé les gens d'Aserfg pour combattre quelques Izuus.
- Mais t'as rien compris. Saraya se croyait l'ange de la mort et voilà que surgit cette créature qui sème l'épouvante dans nos rangs. Les gens d'Aserfg ont une magie puissante dans leurs armes. Saraya en sait quelque chose puisqu'ils ont forgé pour lui une lame noire aussi dangereuse qu'un snark du désert. La caravane était presque à l'entrée des canaux de Mocsar quand l'armée s'est mise en ordre de bataille en face. Saraya dans son armure noire se tenait devant. Derrière les gens d'Asefrg tapaient sur leurs boucliers avec leurs épées. C'est alors que l'ange de la mort s'est avancé. Elle était seule devant, derrière quelques dizaines de soldats immobiles sur leurs tracks, faisaient une barrière dérisoire. Arrivée à cinquante pas de Saraya, elle a dégainé son épée aux formes aussi tourmentées que l'âme des démons. Les archers ont tiré. Pas une seule flèche ne l'a atteinte comme si une main invisible détournait les traits qui volaient vers elle. Les gens d'Asefrg ont cessé de taper quand ils ont vu cette magie. Elle a levé haut cette lame noire et a défié Saraya.
Tout le monde a entendu son cri. J'ai vu Saraya blanchir comme je te vois. Il a éperonné son tracks et s'est précipité l'arme haute. Je n'avais jamais vu cela et je crois que je le reverrai jamais. Ce n'était pas un combat, c'était une danse de mort.
De nouveau, le narrateur fit signe que sa timbale était vide. On s'empressa de la lui remplir, il la vida à nouveau avant de reprendre le fil de son récit. Puissanmarto s'était rapproché de la fenêtre pour mieux entendre. Salcha était une arme étrange. Il l'avait senti en la forgeant mais ne savait pas dire ce qu'elle renfermait. Sacha avait payé le prix de sa possession en perdant ses yeux bleus. Y avait-il autre chose ?
- Ils étaient comme deux possédés. Leurs bêtes ont fini par s'effondrer sous les coups. Ils ont continué à pied, lui avec sa grande épée à deux mains et elle avec sa lame aux formes tourmentées. Le ciel lui-même s'est mis de la partie. Des nuages noirs se sont accumulés et les éclairs ont commencé à jaillir. C'est à ce moment-là que c'est arrivé. Que j'meure sur l'heure si ça s'est pas passé comme j'vous dis ! Nous, on regardait, on pouvait plus bouger. Saraya a levé sa grande épée et l'a abattue tel un bûcheron. Elle a bloqué le coup mais a mis genou à terre sous l'impact. C'est là qu'on a vu l'éclair les frapper, tous les deux. Ils sont restés un instant immobiles dans un halo de feu et l'épée de l'ange de la mort a bu la lumière. J'avais jamais vu ça et j'crois que j'le reverrai jamais. Il y avait un grand silence, même le vent s'était tu. Plus rien ne bougeait. Et puis doucement, comme au ralenti, ils ont baissé leurs armes. Elle a tendu la main et Saraya a posé ses lèvres dessus. Il a passé son arme dans la main gauche et lui a proposé son poing. Elle a mis sa main dessus et ils se sont dirigés vers nos lignes. Lentement les gens d'Asefrg se sont écartés. Les Izuus ont crié : « gloire à Sacha ! », alors nous avons crié « gloire à Saraya ! ». On a vu les izuus s'avancer comme à la parade et se mettre en rang derrière eux. Alors, ça été le délire. Tout le monde s'est mis à crier et à hurler. J'étais pas loin, quand j'ai vu leurs yeux, j'ai eu froid dans le dos. Ils étaient noirs comme la mort.
Puissanmarto se secoua. Cela venait confirmer les premiers bruits qu'ils avaient entendus dans le village d'une alliance entre Saraya et les Izzus. Il aurait mieux valu dire un mariage entre Sacha et Saraya. Dans ce coin du monde, la guerre se terminait. Les tracks s'énervaient à cause des ptiss. Il alla les calmer, laissant les soldats gloser sur l'histoire. Quand ils partirent, la neige se mit à tomber. Puissanmarto se dit qu'elle tiendrait.