dimanche 14 juillet 2013

Lyanne était parti vers la Blanche avec Monocarna. Les phalanges allaient rentrer à leur rythme. Les princes-troisième auraient voulu accompagner leur roi mais Lyanne avait décidé de faire le trajet en volant. Il y voyait au moins un avantage. Il arriverait à la Blanche sans toute une cour cherchant à se placer auprès d'un nouveau maître. Il avait pris sa forme de grand dragon rouge pour le plus grand bonheur des guerriers blancs qui lui avait fait une ovation. Il avait décollé une fois Monocarna attaché à sa patte avant. Il avait salué l'armée en passant en rase-motte au-dessus des différents groupes. Puis il avait pris de la hauteur avec de puissants battements d'ailes. Monocarna commençait à apprécier de voler. Cela lui plaisait de voir le monde de haut. Il repéra une tribu Gowaï. Il le signala à Lyanne. Il était toujours étonné de la capacité du dragon à entendre la moindre de ses paroles. Lyanne lui répondit en virant sur l'aile pour se diriger vers la tour du chef. Les palabres durèrent jusqu'à la fin du jour. Les Gowaï avaient tenu à nourrir le dragon. Ils avaient rabattu des macocas pour que Lyanne puisse chasser facilement. Il ne s'était pas fait prier. Après le repas, il expliqua qu'il était trop lourd. Monocarna et lui resteraient sur place jusqu'au lever du jour. On monta une tente pour eux. Lyanne dit au Gowaï qu'il restait sous son apparence de dragon même pour dormir. La nuit était noire et sans lune. Les guetteurs Gowaï ne s'aperçurent de rien. Lyanne était parti. Il rigolait tout en volant. Il s'était allongé près d'une colline qui rappelait  sa forme si bien que lorsqu'il avait changé de taille pour décoller,  il avait pu le faire sans se faire remarquer. Le pays qu'il survolait était une succession de vallées séparées par des barres de montagnes. Aller de l'une à l'autre imposait beaucoup de détours. Il repéra ça et là quelques campements isolés. Il prit de l'altitude. La topographie du pays lui apparut plus nette encore. Quand il fut au-dessus du grand glacier, il se laissa planer, remontant vers sa source la plus haute. Le froid devenait plus vif. Il arriva enfin à un cirque dans la plus haute montagne. Malgré la nuit, il remarqua la falaise. Elle s'était inscrite dans sa mémoire. La langue de glace la contournait en passant  de part et d'autre. De profondes crevasses fracturaient la glace rendant impossible toute progression à pied. On ne pouvait atteindre le bord de l'escarpement qu'en volant. Après  un dernier virage, il se posa. Peu visible de loin un porche permettait d'atteindre une grotte. Lyanne y pénétra. L'odeur qui lui toucha les narines, réveilla ses souvenirs. Il se fit plus petit. Alors il retrouva les restes de ce qu'il cherchait. Il avait vécu là si longtemps sans le savoir. D'un coup de museau, il il remua les débris de sa coquille. Maintenant que Shanga était accompli, il pouvait revenir dans cette grotte. Il regarda autour de lui, en reprenant sa taille la plus habituelle. Sur les murs, il vit les signes que font les griffes de dragon. Il savait qu'ils étaient porteurs de sens. Il mit ses griffes là où un autre dragon ou plutôt une dragonne, sa mère, avait posé les siennes. Dans son esprit les mots prirent forme. Il entendit ce qui avait été gravé pour lui:
- Shanga est fait puisque tu es là...
L'émotion emplit le cœur de Lyanne. Sa mère dragon lui parlait à travers le temps.
- ....Les temps que nous vivons sont des temps troublés. L'avenir est incertain. Chaque œuf est important. Je te dépose ici sans savoir ni quand ni où naîtra celui avec qui tu feras Shanga. Tu représentes l'avenir pour notre monde. Nous sommes de moins en moins nombreux. Viendra une époque où nous serons devenus des légendes. Mais tu es là pour que nous ne soyons pas une ombre qui ne laisse aucune trace. Le passé est fini. Le réécrire est impossible. Tu es l'avenir. Sois, mon enfant !

FIN DES TROISIÈMES SAISONS.

jeudi 11 juillet 2013

Les jours qui suivirent furent très chargés. Lyanne dut recevoir les princes mais aussi les chefs Gowaï sans oublier le peuple des grands traîneaux. Monocarna l'avait secondé efficacement. Beaucoup de décisions avaient été prises. Restait maintenant à les appliquer. Lyanne devait rentrer à la Blanche, capitale de son royaume. Surtout, il devait rencontrer le Prince-Majeur que Jorohery avait mis sous sa coupe. Les messagers étaient partis pour préparer son arrivée et avec eux Yaé. Si la lumière s'était faite dans son esprit, il restait Yaé, prince rebelle. Lyanne ne lui avait rien demandé, ni excuse, ni repentir. Il l'avait confirmé comme responsable de la phalange noire.
- Même si vos habits sont redevenus blancs, avait-il ajouté.
Yaé avait sourit à l'évocation de ce double miracle sur la couleur. Après les Montagnes Changeantes, tous ses guerriers s'étaient retrouvés habillés de noir. Après l'intervention du Dieu-Dragon, ils avaient retrouvé le blanc commun. Pour rappeler cet épisode, Lyanne avait autorisé Yaé à mettre une marque noire sur l'équipement de ses hommes. Puis lui avait donné comme mission d'accompagner les messagers à la Blanche afin de briser toute révolte de la part des hommes de paille mis en place par Jorohery et de tenir la Blanche jusqu'à son arrivée.
- Crois-tu pouvoir lui faire confiance ? demanda Monocarna.
- C'est un prince noir mais sa fidélité est sans faille. Sans l'intervention du Dieu-Dragon, il aurait été jusqu'au bout de son engagement.
- Puis-je une question, mon Roi ?
- Je t'écoute.
- Qui était vraiment Jorohery ?
- Connais-tu l'histoire de Nanter ?
- J'en connais ce qu'en dit la légende.
- Nanter a utilisé les marabouts pour continuer à vivre et à régner.  Tu sais comme certains de ton ordre sont avides de puissance. Nanter leur offrait cela s'ils lui donnaient le pouvoir assez longtemps. Ils ont offert des sacrifices humains. Leur action a été insuffisante. Nanter continuait à vieillir. La seule solution était de sacrifier un dragon. En l'absence d'un tel sacrifice, le pouvoir des marabouts serait limité à l'empêcher de mourir. Nanter a persisté à faire égorger des innocents. Cela lui a laissé le temps d'attendre la découverte de l'œuf de son successeur. C'est Rojorhyé qui a ramené la nouvelle. Pour le remercier Nanter lui a promis qu'il serait le sacrificateur. Rojorhyé savait qu'il en tirerait assez de puissance pour rivaliser avec les dieux. Il était de l'expédition qui est partie le chercher. Si Rojorhyé connaissait la région où était l'œuf, il échoua à mettre la main dessus. Il y avait là un maître marabout qui enseignait.
- L'école de Mathibot !
- Exactement ! L'école de Mathibot qui forma tant de grands marabouts dont Mandihi.
- Mais ils furent tous massacrés !
- Certains en réchappèrent et leur témoignage fut consigné dans les grottes des dragons. Rojorhyé a convaincu Nanter d'offrir les marabouts de Mathibot en sacrifice pour découvrir le lieu où était l'œuf.
Le visage de Monocarna exprima l'horreur. Les marabouts connaissaient cette histoire mais elle n'avait jamais été reliée à ce que racontait Lyanne.
- Ce fait est inconnu de la plupart des gens. La disparition de Nanter et de sa suite d'assassins a fait tomber dans l'oubli ce qui s'est passé. Nanter a consenti. C'est Rojorhyé qui a officié, trop heureux d'augmenter son pouvoir. Quand est arrivé le tour d'un novice dont personne n'a retenu le nom, ce dernier a imploré la pitié du roi. Celui-ci a regardé Rojorhyé qui fait non de la tête. Le novice a paniqué et a parlé de l'œuf. C'est ainsi que Nanter a découvert la cachette. Rojorhyé a immolé le novice sur le lieu même de la découverte pour supprimer tous les témoins. Son sang a giclé à en éclabousser l'œuf. Ces taches existaient encore lors de sa récupération. Nanter refusait de courir le risque d'un mauvais sacrifice du dragon. Rojorhyé appuyait sa demande. Il disait qu'il fallait le faire au palais de la Blanche pour en tirer tous les bénéfices. Ils ont repris le chemin du retour sans même prendre le temps de donner une sépulture aux morts qu'ils avaient assassinés. Leur chemin était long. Nanter a decidé de prendre le chemin des Montagnes Changeantes pour gagner du temps. Les rois-dragon ont pouvoir sur les Montagnes Changeantes, Nanter comme les autres. Notre maîtrise nous permet de nous déplacer comme nous le voulons. Ils sont entrés par la plaine où nous avons rencontré les Gowaï. C'est un chemin que tous empruntent habituellement. Mais ce jour-là, un brouillard est arrivé. Il était étrange avec des reflets bleutés. Plus ils avançaient et plus il était dense. Bientôt ils se perdirent de vue. Les grottes ignorent ce qui est arrivé à Nanter. Le Dieu-Dragon a dit que cela était préférable pour nous. Rojorhyé a reçu sa punition en devenant le monstre qu'il était et qu'il est redevenu. Les autres ont subi un sort semblable.
- Comment a-t-il pu revenir ?
- Quand l'actuel Prince-Majeur a pris la décision d'évincer mon père de la succession, il a ouvert une porte toujours mal fermée, celle du mal. Tu m'as expliqué que Jorohery était un serviteur plutôt quelconque du palais. Son ascension en a troublé plus d'un. La vérité est ailleurs. Ce mauvais et obscur messager est parti porter des ordres à une phalange. Il a emprunté un des chemins des Montagnes Changeantes. Rojorhyé l'attendait comme il en a attendu d'autres depuis des générations et des générations. Jorohery a quitté le sentier. Rojorhyé en a tout de suite profité pour le phagocyter et c'est lui qui est revenu à la Blanche. La suite de son histoire, tu la connais mieux que moi.

lundi 8 juillet 2013

Le serviteur du Bras du Prince-Majeur leur avait dit de rester là. Ils avaient posé Lyanne tout en le laissant encapuchonné. Ils devaient l'amener devant Jorohery au lever du jour. Les ordres étaient clairs. Pendant que le Bras du Prince-Majeur s'occuperait de lui, ils devaient garder les javelots noirs prêts au lancer.
Lyanne écoutait tout cela sans rien dire. Le temps de l'action arrivait. Quand le soleil dont on devinait la venue, se coucherait, Lyanne aurait fini de faire Shanga ou il serait mort.
- Faut-il lui donner à manger ?
- T'inquiète pas ! Quand Jorohery aura fini avec lui, il aura plus jamais faim...
Lyanne frissonna. Le soleil apparut, grand disque rouge à la limite de l'horizon.
- On aurait une tempête que je s'rais pas étonné, dit un des guerriers.
- Le Bras du Prince-Majeur va être content. Il aime les tempêtes.
- C'est un augure favorable.
Lyanne reconnut la voix de Yaé.
- Emmenez-le, ajouta-t-il.
Sans ménagement quelqu'un poussa Lyanne dans le dos.
- Allez avance, ça va pas être très long.
Lyanne élargit ses perceptions. La phalange noire marchait autour de lui. De part et d'autres, il sentait la présence des autres phalanges et des princes-troisièmes. Ils avançaient dans un couloir entre les deux groupes.
- Place ! Place ! Service du Prince.
Ce fut comme un signal. Tous les guerriers se mirent à frapper leurs armes l'une contre l'autre. Lyanne pensa que cela devait s'entendre dans toute la plaine. Cela servirait aussi de signal pour les autres. Il compta cinq cents pas avant d'arriver devant Jorohery. Avant même de le voir, il en sentait la puissance. Quelqu'un l'arrêta et le fit tourner rapidement sur lui-même. On lui enleva brutalement la cape qui l'empêchait de voir. Si son corps humain était déstabilisé, le dragon en lui était insensible à ces perturbations. Il resta droit, fixant Jorohery dans les yeux. Le bruit des armes se tut. Cela se fit aussi brusquement qu'au commencement. Jorohery montrait ainsi la puissance de sa magie. Tous les guerriers lui obéissaient comme un seul homme.
- Te voilà, imposteur, fils du mensonge et de la tromperie.
La voix de Jorohery était puissante et portait loin. Toutes les phalanges devaient l'entendre. Lyanne répondit avec autant de force :
- Je suis là pour réclamer ce qui est à moi, ce qui est moi.
Lyanne vit que Jorohery ne s'attendait pas à cette puissance dans la voix. D'un geste il donna un ordre et un javelot noir se planta devant les pieds de Lyanne.
- Crains et prosterne-toi et peut-être que ta vie sera épargnée ! Mais avant, proclame ton nom que tous ici apprennent comment sont traités les ennemis du Prince-Majeur.
- De glace et de feu, je suis.
Lyanne vit Jorohery faire rapidement quelques gestes. Il sentit les ondes de puissance magique en émaner. Elles cherchaient mais ne trouvaient pas. Alors il comprit. Jorohery cherchait son nom. Il comprit alors la force qui y résidait. Il se remémora ce qu'il avait appris dans la grotte des dragons.
Voyant le manque d'effet de son action Jorohery tendit son bras restant et un bâton de pouvoir vint s'y loger.
Lyanne fut surpris à son tour. Il le regarda et sut. C'était le bâton de pouvoir perdu du roi-dragon Nanter. Il avait lu avec son propre bâton de pouvoir l'histoire de ce roi mort dans des circonstances étranges. La légende disait qu'il avait disparu avec ses serviteurs dans les Montagnes Changeantes. Devenu vieux et ne voulant pas mourir il aurait eu recours à de sombres magies aidé en cela par des marabouts aux pouvoirs dévoyés. C'est en volant l'œuf de son successeur qu'il avait déclenché la colère du Dieu Dragon qui lui avait retiré sa protection. On l'avait vu entrer sur un des chemins des Montagnes Changeantes avec sa suite honnie de tous. Quatre guerriers portaient la boîte où était l'œuf. Personne ne les avait plus jamais revus. Une patrouille qui traversait les Montagnes Changeantes longtemps après, avait eu la surprise de trouver au bord du chemin l'œuf de dragon qui avait donné vie au nouveau roi.
Lyanne ne savait pas comment Jorohery avait obtenu le bâton de pouvoir de Nanter. Il y voyait le signe de sa collusion avec les marabouts dévoyés de cette ancienne époque. Lui aussi tendit le bras et son bâton de pouvoir s'arracha des mains du guerrier noir qui le tenait.
- Tu es signe d'un pouvoir mort qui veut entraîner le monde dans la mort, dit Lyanne. Tu es mort depuis longtemps et tu l'ignores.
Jorohery sembla grincer des dents. Il hurla des mots anciens et du feu jaillit de son bâton... pour se perdre dans les volutes d'or venues de celui de Lyanne. Voyant le peu d'effet de son action, il se mit à grandir devenant comme un géant.
- Regarde et prosterne-toi. Le Dieu Dragon m'a choisi pour être son serviteur.
Lyanne répondit en prenant sa forme de dragon. Les guerriers noirs eurent un mouvement de recul. Certains doutèrent de Jorohery. Leur bras se fit moins ferme. Les javelots descendirent. Le géant face au dragon sentit sa puissance diminuer. Dans le premier cercle le doute gagnait. Voir un grand dragon rouge là où était le prisonnier déstabilisait les moins convaincus. Pire, les phalanges ne le soutenaient plus comme elles auraient dû. Le Bras du Prince-Majeur fit un geste vu de tous. Geste de puissance magique, il obligeait chacun à répondre à son serment. Ce ne fut qu'un cri :
- Gloire au Prince-Majeur et à son Bras puissant !
Dans le même temps Lyanne continuait à grandir. Il occupait presque toute l'aire centrale que Jorohery avait délimitée. Il dit d'une voix douce et forte :
- Tu crois que ce serment les lie à toi. Tu es dans l'erreur. Depuis le début tu es dans l'erreur, Rojorhyé, fils de Tsoulba...
Entendant cela, Jorohery fut possédé par la rage. Il n'avait pas trouvé, pas deviné le vrai nom de son ennemi, mais ce dernier avait dit à haute voix ce nom secret qui était le sien. Si quelqu'un s'en emparait, il serait plus lié qu'un dragon au sortir de l'œuf. Il fit un deuxième geste de commandement. Avec un parfait ensemble tous les javelots prirent leur envol.
Lyanne vit les guerriers noirs lancer leurs traits. Il eût conscience de la masse des javelots qui allaient s'abattre sur lui. Même lancés de loin, ils filaient vers lui comme aimantés par sa personne. Il les avaient déjà vus à l'œuvre. Il hurla :
- Que monte le chant des adorateurs du Dieu Dragon !
Plus fort que le serment au Prince-Majeur, s'éleva le chant du serment au Dieu-Dragon. Des milliers de bouches crièrent à l'unisson :
- Graph ta cron ! Graph ta cron !
Se joignant à eux, il y eut une autre clameur toute aussi forte. Le peuple Gowaï poussait le même cri.
Le temps semblait être suspendu... le temps d'un cri.
Et puis les javelots un instant figés, reprirent leur vol.
Devant la mort qui volait ainsi, tous les cœurs furent comme broyés sauf celui de Jorohery empli d'une joie mauvaise. Un instant, cela n'avait duré qu'un instant. Un rictus de joie éclaira le visage de Jorohery quand le premier des noirs javelots se planta dans le grand dragon rouge. Cela fit un bruit clair et tintant. Puis ce fut comme la grêle sur la glace. À chaque choc la grande silhouette rouge devenait plus noire. Quand tout s'arrêta, au centre du dispositif prévu par Jorohery, il y avait une grande forme informe et noire herissée de piquants.
Dans le cœur des guerriers, coexistaient des sentiments divers et contradictoires.
 Jorohery exultait :
- Regardez ! Regardez tous comment sont traités les ennemis du Prince-Majeur. Face à la vraie puissance, les imposteurs ne peuvent exister...
- Pour une fois, tu dis vrai même si ton cœur n'est que ruse.
Du haut de sa taille de géant, Jorohery chercha d'où venait cette voix. Devant lui le grand dragon devenu noir se rétrécissait. À ses pieds, s'écoulait une eau noirâtre et nauséabonde.
- Ta présence salit le monde, continua la voix.
- Qui es-tu ? s'inquiéta Jorohery.
- Je suis celui que tu voudrais être. Je suis glace et feu, feu et glace. Regarde à ton tour la puissance, la vraie puissance, celle du Dieu-Dragon.
Un homme s'avança tenant à la main un bâton. Il le leva. Jorohery poussa un cri en reconnaissant Lyanne. Il pointa son propre bâton de pouvoir et récita de vieilles formules au parler ampoulé. Un torrent de feu en jaillit pour aller se fracasser contre un mur de glace brusquement apparu. Elle était pure et plus brillante que le métal. Le feu éclata en mille gerbes tout autour. C'est alors que gronda le tonnerre. Des nuages accourus du fond de l'horizon formèrent un vaste tourbillon où régnaient la grêle et la foudre. Si des grêlons plus gros que le poing martelaient Jorohery, la foudre frappait ce qui restait du leurre fait par Lyanne. Sous les yeux des phalanges, les eaux noires redevinrent transparentes. Les guerriers noirs ou blancs virent Jorohery tenter de se défendre de cette tornade de grêle. Il pointa à plusieurs reprises son bâton vers le ciel hurlant des imprécations. Le seul résultat visible fut l'arrivée de la foudre qui frappa le bâton à plusieurs reprises. Dans un gigantesque craquement, le bâton de Jorohery se rompit. On entendit crier le Bras du Prince-Majeur. Il sembla se boursoufler sans perdre sa taille de géant. Bientôt un cou puis un autre cou apparurent surmontés chacun d'une tête de cauchemar. Yaé hurla :
- Le monstre à deux têtes !
La vision de l'être monstrueux se précisa. Il était énorme couvert de piquants noirs où chacun put reconnaître les javelots que Jorohery avait si largement distribués. Ses bouches hurlaient des insanités pendant qu'il lançait ses piquants. Du ciel, la foudre frappait à coups redoublés chacun des traits qui jaillissaient des flancs de Jorohery.
Lyanne les bras tendus vers le ciel, demanda:
- Dieu-Dragon qui a fait ce que je suis pour que je serve ton peuple et qu'ainsi ton nom soit honoré sous les cieux, envoie ton gardien qu'il vienne chercher Rojorhyé fils de Tsoulba.
Le tonnerre répondit. Dans les nuages tourbillonnant, tous virent s'ouvrir l'espace en un malstrœm noir et blanc. Une tête de dragon plus grosse qu'une colline apparut. Elle était blanche et noire, crachant un feu aux reflets bleus qui enveloppa le monstre. Le cri qu'il poussa glaça le sang de tous les présents et bien des saisons passèrent sans qu'ils ne puissent l'oublier.
Le silence se fit. La grêle avait cessé, la foudre aussi. Le monstre à deux têtes s'agitait sans bruit dans une bulle de feu bleuté. Le grand dragon noir et blanc dont on ne voyait que la tête, ouvrit largement la gueule et la referma sur ce qu'était redevenu Jorohery. Après on la vit disparaître dans les nuages qui se refermèrent.
Tous les regards restèrent tournés vers l'endroit de la disparition. Dans le ciel sombre qui couvrait la plaine, apparut une fente par où filtrèrent les rayons du soleil. Quand ils touchèrent terre, ils illuminèrent Lyanne l'auréolant d'or.
Quand il vit cela Yaé fut le premier à mettre genou à terre :
 - Mon Seigneur et mon Roi.

samedi 6 juillet 2013

Jorohery le sentait. Il était là quelque part. Il avait fait une partie du Shanga mais n'avait pas fini. Il n'était pas reconnu par le peuple. Tout allait se jouer là. Les phalanges allaient dire qui était qui. Jorohery allait infléchir le court des choses. Il avait déjà mis le Prince-Majeur sous influence. Il ne lui restait plus qu'à circonvenir celui qui se faisait appeler roi-dragon. Pour cela il lui fallait son nom. Il savait qu'il avait à faire à un Louny mais lequel. Sa magie la plus forte avait besoin du nom. S'il ne le trouvait pas, il lui resterait la magie des javelots. Il avait envoyé les phalanges vers la bourgade perdue pour deux choses: éliminer l'homme et si par malheur ils échouaient, récupérer son nom. Yaé était le seul à être revenu. Jorohery l'avait rencontré. Il avait ainsi récupéré un nom Bartnef ou quelque chose comme cela. Cela ne lui avait pas plu. Ce nom sentait le surnom. Yaé n'était même pas sûr de la manière de le prononcer. Le pire était que Jorohery présentait autre chose en lien avec la nature même de ce qu'il avait découvert lors de son funeste voyage dans ces contrées. Il frotta le moignon de son bras. Il haïssait les crammplacs... ainsi que les Gowaï et tous ceux qui s'opposaient à lui. Yaé lui avait raconté ce qui s'était passé dans la pièce avec Quiloma et l'imposteur. Jorohery avait repris les envoûtements de ce prince au cœur noir. Ce pseudo roi avait fait quelque chose qu'il ne comprenait pas. Yaé avait au centre de sa personnalité comme une bulle qui échappait aux effets des rites que Jorohery accomplissait. Il avait circonscrit cette zone en l'entourant de sombres entrelacs de magie.
C'est alors qu'il pensait encore à lui que le messager de Yaé arriva. Jorohery fut parcouru par une onde de plaisir. Enfin! Il allait l'avoir en son pouvoir. Il avait juste le temps de se préparer pour l'obliger à avouer son nom et  le mettre en son pouvoir. Il avait préparé son plan de longue date. Les phalanges lui donneraient la puissance dont il avait besoin. Son dispositif comprenait plusieurs cercles. Il se tiendrait au centre. Comme une araignée au centre de sa toile, il y attendrait le prisonnier. Ses gardes et la phalange noire feraient le premier cercle. Leurs âmes noires étaient une cage parfaite. Autour la masse des guerriers blancs servirait de réserve de puisance. Si besoin les milliers de javelots entreraient en action. Pour finir son dispositif, il avait besoin des ennemis. Comme s'ils l'avaient compris, ils arrivaient. Jorohery se doutait bien qu'il devait sûrement cela à l'action de l'imposteur qui voulait faire pression sur les guerriers blancs. Quel que soit son plan, il était voué à l'échec. Jorohery jubilait. Il allait enfin retrouver un monde à son image. Appelant ses serviteurs, il donna ses ordres.

mercredi 3 juillet 2013

Nyagorot était content. Il ne savait pas pourquoi mais il était content. Il remarquait que son entourage semblait surpris de ce qu'il faisait. Cela ne l’inquiétait pas outre mesure. Il était bien. Il était sorti sur le pas de la grotte qui lui servait de logement. Il avait vu le soleil se lever inondant de reflets violines la surface du glacier.
- Mlion, prépare un gruau, j'ai faim !
Il n'avait pas vu le regard étonné de son serviteur qui arrivait avec la chicha du matin. Nyagorot était parti en petites foulées faire le tour du camp. Il n'avait pas trop la forme. Il se sentait essoufflé alors qu'il ne courait pas très vite. Ce fut comme un nuage dans un ciel bleu. À son retour, il dévora la bouillie chaude qui l'attendait. Tout en mangeant, il réfléchissait. Le moment décisif approchait. Il le sentait.
- Mlion !
- Oui, mon Prince.
- Convoque les princes, tous les princes ! Les ordres vont arriver, je le sens. Nous devons être prêts à faire mouvement.
Le regard posé sur le lointain Nyagorot ne vit pas le regard une nouvelle fois étonné de son aide de camp. Celui-ci partit porter les ordres avec une célérité qu'il n'avait pas connue depuis bien longtemps.
- Grard ! Grard !
- Te voilà bien essoufflé, Mlion ! Où cours-tu comme cela ?
- Il faut convoquer les princes, tous les princes. Le Prince Nyagorot a changé depuis ce que je t'ai raconté. Pas une goutte de chicha ce matin, pas un mouvement d'humeur !
- Pas une goutte ?
- Non, il a voulu du gruau.
- Du gruau ?
- Oui, je suis sûr que c'est un signe du Dieu-Dragon. Notre Prince a été choisi...
Mais déjà Mlion était reparti vers les tentes des princes-troisièmes. À chaque fois il dut s'expliquer et vit le regard inquiet du prince. Qu'arrivait-il à Nyagorot ? Jamais il n'avait fait cela.
Assis face au soleil qui montait à l'orient, Nyagorot était loin de se douter de ce qu'il déclenchait. Il méditait. Il s'en trouvait bien. Il se dit qu'il devrait faire cela plus souvent. Il vit arriver les princes les uns derrière les autres. Il se mit debout. Son aspect frappa ses interlocuteurs et alimenta la rumeur de la visite du Dieu-Dragon.
Il mena sa réunion de bout en bout sans s’asseoir et sans boire. Les princes-troisièmes échangèrent des regards. Eux qui avaient pris l'habitude de faire un peu comme ils l'entendaient, se retrouvaient face à un prince exerçant pleinement son autorité. Ils firent comme si tout était naturel et qu'ils ne se disputaient jamais pour prendre la place de Nyagorot. Quand les messagers de Jorohery arrivèrent, ils trouvèrent les phalanges prêtes à bouger. Nyagorot eut un sourire en entendant les ordres, il avait bien anticipé. Les phalanges devaient se positionner là où il l'avait prévu. Au centre du dispositif, Jorohery serait avec ses gardes, autour les trois princes-seconds et leurs phalanges. Nyagorot aurait Vrestre à sa droite et Falker à sa gauche. C'est lui qui recevrait le premier le choc de l'attaque des Gowaï. Si les informations étaient justes, ils avaient commencé à bouger pour prendre position. Nyagorot pensa qu'on allait vers une bataille de plaine. Il fit équiper ses hommes dans ce sens. La seule inconnue était de savoir s'ils pourraient utiliser ces javelots noirs pour autre chose que tuer le dragon de l'imposteur.
Dans l'après-midi, il apprit que des crammplacs avaient été aperçus du côté du désert mouvant. Nyagorot ne fut pas étonné. Ils avaient disparu des combats un moment mais leur haine devait être grande et ils revenaient pour participer au carnage. Il rangea l'information dans un coin de sa tête. Comme ils avaient été vus du côté du désert mouvant, c'est Vrestre qui avait à gérer cette question. Du côté du glacier, tout semblait calme. C'est tout juste si on signalait quelque chose. Nyagorot ne croyait pas que tout y soit clair. L'étroitesse des chemins et le dédale des crevasses permettaient à un petit groupe de tenir en respect toute une armée. Il chargea un aide de camp de voir avec Falker s'il avait plus de nouvelles.
Quand la nuit tomba, les hommes étaient là où ils devaient être pour faire face à l'ennemi. Les rumeurs se précisaient. Jorohery gratifia les troupes d'une apparition. Toujours aussi maigre et encore plus impressionnant maintenant qu'il avait une manche vide, le Bras du Prince Majeur, fit sensation en annonçant la capture de l'imposteur par la phalange noire. Puis il fit signe aux princes-seconds de le suivre.

dimanche 30 juin 2013

Lyanne s'attendait à être attaché mais pas à être ainsi emballé. Il n’appréciait pas la situation mais comme il l'avait provoquée... Il comprenait la nécessité des guerriers noirs de le traiter comme cela. Leurs choix étaient limités. Quand il se trouva devant Yaé, il se rendit plus sensible au ressenti du prince. Où en était la lumière en lui ? Si le regard d'or que Lyanne porta sur lui le déstabilisa, il vit bientôt les ténèbres intérieures de l'homme reprendre le dessus. Il n'eut aucune amélioration de son sort. Au contraire, il avait eu l'impression que ses actions avaient augmenté la détermination de ses geôliers à aller jusqu'au bout de leur démarche. La seule solution était de se laisser aller. Il se mit dans un état second, annulant tout tonus. Il était comme sorti de lui-même. Aussi mou qu'un corps mort, il avait inquiété l'un ou l'autre des porteurs. Invariablement la question était :
- Il est mort ?
Yaé ou Filmon répondaient et rassuraient le guerrier. Lyanne avait curieusement une vue extérieure de la situation. Il était le dragon mais sans son corps. Un dragon immatériel se déplaçant sur un autre plan et avec un autre rythme que les humains. Si son corps humain respirait, sa conscience était en vol au-dessus. Comme il n'était pas détaché à chaque arrêt, il ne retrouvait son corps que par moment. Il se refusait à devenir dragon en chair et en os avant d'avoir vu Jorohery. Le combat aurait lieu à ce moment là et pas avant.
Il regardait courir les guerriers noirs au milieu des Gowaï. Il les écoutait quand ils pensaient être discrets au point de berner les autres. Il riait intérieurement lui qui avait influencé les Manonka pour qu'ils disent ce qu'il fallait dire et que la phalange noire puisse progresser. Tout se mettait en place, comme il l'avait envisagé. C'était la partie la plus simple. Les guetteurs des phalanges devaient déjà donner l'alerte. Il sentait monter la tension en lui. Faire Shanga était exigeant. On pouvait y laisser sa vie si cela se passait mal. Dans les grottes aux dragons, il avait vu. Le cas était déjà arrivé une autre fois. Il y avait eu confrontation entre deux candidats qui se disaient « roi-dragon ».  Cela avait fini en bain de sang et le royaume avait été affaibli pendant plusieurs générations. Il n'y avait eu aucun gagnant, que des perdants. Lyanne redoutait cela. Bien sûr il avait passé les premières épreuves et avait des preuves de sa puissance de roi-dragon, mais qui était vraiment celui qui se dressait en face de lui pour réclamer le pouvoir pour un autre ? Il entrevoyait la vérité. Si tel était le cas, le combat serait rude.
Tout en remuant toutes ces pensées, il se faisait léger sur les épaules de son porteur. Il fallait arriver avant le lever du soleil. Il repéra en passant le grand crammplacs et son cavalier. Eux aussi étaient là. Jorohery serait prévenu de leur présence. S'il était ce qu'il pensait, alors il réagirait comme il le prévoyait.
Ils approchaient du camp des phalanges. Lyanne le sentait. Il profita d'être sur de larges épaules pour retourner un peu dans ce corps humain qui lui sembla bien engourdi. Cela le contraria. Il fallait qu'il soit efficace rapidement à leur arrivée. Il activa les muscles les uns après les autres. Doucement il sentit le tonus revenir, avec la circulation. Sa peau et ses extrémités lui piquaient et le démangeaient. Il prit cela pour un encouragement à continuer. S'il voulait achever Shanga, il fallait en passer par là.  

jeudi 27 juin 2013

Se tournant vers son compagnon, Trascoïa grondait sa colère.
- Traiter le Roi-dragon comme cela ! Je les aurais bien déchiquetés !
- Je sais, dit Sagria, mais ce sont ses ordres. Cela se passe comme prévu. Il nous faut rejoindre les autres.
Le grand crammplacs se mit en mouvement. Ses foulées rapides et bondissantes l'éloignèrent rapidement du lieu de la rencontre. Ils devaient rejoindre la horde. Ils avaient bien travaillé, rassemblant le plus grand nombre possible de guerriers et de crammplacs. Les Grands Traîneaux avaient fourni la majorité des hommes, un peu trop jeunes peut-être pour être de parfaits combattants, mais déjà très endurants et s'entendant parfaitement avec les grands fauves qu'ils montaient.
Leurs rôles étaient de se positionner entre les phalanges et le grand désert mouvant. Ils avaient repéré l'endroit. Une petite colline était le centre prévu du dispositif. Un premier groupe devait l'escalader et parader en haut pour qu'on le voie. Les autres devaient se mettre en retrait en bas sans se cacher en une ligne de part et d'autre.

- Le Manonka a dit. Ceux qui sont habillés comme la nuit sont passés à côté de nous. Ils pensent que nous ne les avons pas vus.
- Ceux qui sont habillés comme la nuit sont stupides. Le dagon a dit et nous avons écouté. Nul ne peut nous compter. Afysi sait et guide bien...
La conversation entre les deux chefs de pods continua pendant qu'ils marchaient. Ils étaient l'élite des Gowaï. Afysi, le roi de toutes les tribus avait donné à chacun des ordres de marche. Ils devaient se déployer comme un mur entre les phalanges et le reste du pays. La plaine devait avoir l'air couverte de Gowaï. Les Manonka bruissaient régulièrement.
Les deux pods avaient relevé les traces des guerriers noirs et fait vibrer leur Manonka pour prévenir. Afysi avait interdit d'intervenir. Le dagon avait dit que tout se jouerait à la lumière du jour. Il avait dit les paroles et le chant de confiance. Le peuple Gowaï devait tenir la parole donnée. Même si tout ne se déroulait pas comme prévu, l'homme au cœur noir qui présidait aux destinées du peuple du dagon, ne ferait pas le poids devant la puissance de tous les Gowaï, même avec toutes ses phalanges.
La conversation s'orienta après sur ce qu'il fallait faire quand le soleil se lèverait. Les chefs des pods n'avaient pas bien compris. Afysi demandait que l'on fasse du bruit, beaucoup  de bruit, comme un défi. Ils avaient transporté les grands tambours de la saison chaude. C'est avec eux qu'ils allaient faire savoir à l'homme au cœur noir qu'il allait mourir.

Bouyalma avait vu arriver le grand crammplacs et son cavalier. Ils avaient discuté un moment des différentes options stratégiques. La phalange Louny ne pouvait pas tenir un grand territoire. Ils avaient choisi de tenir le passage qui menait au grand glacier. Si quelqu'un voulait se sauver par là,  il passerait devant eux, obligatoirement. Bouyalma avait même déclaré qu'il espérait que Jorohery passerait par là... qu'il puisse lui régler son sort une fois pour toutes. En faisant cela, il n'avait fait que résumer le sentiment de tous les guerriers de sa phalange. Le second de Sagria l'avait écouté et avec un sourire lui avait dit que non. Jorohery fuirait par le désert mouvant et ce serait eux, l'armée de hommes-crammplacs qui lui réglerait son sort. Tout le monde avait ri à cette boutade. Chacun était bien conscient des forces en présence. Les phalanges ensemble étaient une armée redoutable et Jorohery en était le chef. Tout le monde savait que les princes avaient prêté serment au Prince-Majeur et que ce dernier avait donné l'ordre d'obéir à son Bras. Bouyalma voulait croire à la force du Roi-dragon mais il ne voyait pas comment il allait faire sans combattre.
Il avait mis la phalange en marche à la première veille de la nuit. Ils étaient sur le bord du glacier et ne risquaient pas de rencontrer une crevasse. Monocarna avait trouvé des lichens phosphorescents dans une grotte non loin de leur lieu de campement. Ils avaient bricolé des lanternes qui leur donnaient une lumière juste suffisante pour voir en pleine nuit où ils mettaient les pieds. Il y avait eu quelques chutes sans gravité. Un konsyli avait soulevé la question du manque de discrétion. Même faibles, ces lueurs pouvaient se voir de loin. Bouyalma avait répondu :
- Le Roi-dragon y compte bien. S'ils nous croient nombreux, cela n'en sera que mieux.
Pour essayer de le faire croire, Bouyalma avait imposé de laisser de l'espace entre chaque guerrier quand ils avaient franchi le col qui menait vers la plaine en contrebas.
- Il faut que cela dure longtemps et que les guetteurs en bas pensent à une grande troupe qui descend.
Pendant qu'ils faisaient cela, Bouyalma et certains konsylis étaient descendus reconnaître le passage plus bas. Ils avaient trouvé ce qu'ils cherchaient. Le terrain formait une cuvette que surplombaient des rochers, idéal pour un combat. Bouyalma commença son inspection pour voir comment il allait pouvoir disposer ses hommes. Ici les combats seraient rudes mais ils avaient une chance de bloquer la progression des autres. Il restait une inconnue : comment ses guerriers se comporteraient-ils face à ceux qui étaient comme eux ?