Quiloma était perplexe. La mort des quatre guerriers dans le combat contre le roi-dragon était normale. Ce qui le mettait mal à l'aise était ce qu'il avait vu. Que représentaient les pantins noirs que la flamme pâle avait mis en évidence ? Il en parlait avec la Solvette qui lui répondit :
- Les charcs sont perturbés depuis l'arrivée du roi-dragon. Ils vont et viennent entre ici et le monde blanc. Il y a une force là-bas qui les attire et les repousse à la fois. Le roi-dragon est venu. Avant lui, le mal est entré dans le monde. Est-il la réponse au mal ? À moins que le mal ne soit venu parce que le roi-dragon arrivait ?
- Jorohery !
- Quoi Jorohery ?
- Il est apparu dans l'entourage du Prince-majeur au moment de la naissance de l'enfant disparu.
- Que veux-tu dire ?
- Avant c'était un obscur serviteur sans importance. Il est devenu le Bras du Prince Majeur rapidement, trop rapidement à cette époque quand a été lancée la chasse aux ravisseurs. Je suis certain que celui que vous appeliez Tandrag est l'enfant disparu et que Jorohery le cherchait. Je ne sais comment il est arrivé chez Chountic, mais je sais qu'il est l'enfant innommé qui a disparu quand le prince-majeur a voulu le recueillir chez lui.
- Et tu n'as rien fait.
- Non, ma persuasion ne date que du retour du roi-dragon. Je l'ai envoyé vers le dragon quand Yas a attaqué sans être sûr de ce que je faisais.
- Comme toujours, tu as bien agi...
- Je ne sais, la Solvette. Les forces en jeu me dépassent, nous dépassent.
À ce moment là, Sabda entra. La Solvette la regarda :
- Que se passe-t-il ? Tu sembles triste.
- Il part demain ! dit-elle en se réfugiant dans les bras de sa mère.
Discrètement, Quiloma quitta les deux femmes.
Quand se promènent les mots, des histoires prennent corps. Que ce lieu leur serve de repos.
mercredi 10 avril 2013
lundi 8 avril 2013
Les quatre guerriers furent amenés sur la grande esplanade. Un mur de neige avait été construit pour délimiter l'arène. Ils pâlirent en voyant l'espace qui avait été dégagé. On les descendit sur la neige durcie où étaient posées les armes. Toutes les phalanges étaient présentes ainsi que certaines personnes de la ville. Les condamnés s'équipèrent avec les deux épées et le bouclier rond et petit sur le bras gauche. Ils s'installèrent dos au mur regardant autour d'eux pour voir d'où viendrait l'attaque. Ils sursautèrent quand une grande ombre les survola. Il y eut une grande clameur quand le grand dragon rouge se posa au centre de l’arène. Les combattants étaient face à face. Tous les spectateurs hurlaient aussi fort qu'ils pouvaient. Les quatre hommes se mirent en mouvement. Le dragon se baissant, souffla une flamme claire, presque transparente. Les hommes se protégèrent derrière leurs boucliers. Étonnés, ils se redressèrent. La flamme ne brûlait pas. Devant le spectacle offert, les spectateurs se turent. Devant le dragon, les silhouettes humaines avaient disparu. On ne voyait que quatre pantins noirs s'agitant en tout sens. Quand cessa le souffle, les quatre guerriers réapparurent regardant autour d'eux, surpris du silence. C'est alors qu'on entendit la voix du dragon :
- Regardez bien, vous, loyaux serviteurs. Ces hommes au cœur noir sont nos ennemis. Ce qui les habite est mauvais. Nulle vérité en eux, mais mensonge et violence pour le pouvoir. Qu'ils soient purifiés !
Le souffle brûlant du dragon fit tout fondre, hommes, pantins et neige. Quand il s'arrêta, il ne restait rien. Quiloma hurla :
- Graph ta cron ! Graph ta cron Mjatsa !
Tous mirent genoux à terre en baissant la tête. Ils ne la relevèrent qu'en entendant les puissants battements d'ailes du dragon qui s'élevait dans le ciel.
- Regardez bien, vous, loyaux serviteurs. Ces hommes au cœur noir sont nos ennemis. Ce qui les habite est mauvais. Nulle vérité en eux, mais mensonge et violence pour le pouvoir. Qu'ils soient purifiés !
Le souffle brûlant du dragon fit tout fondre, hommes, pantins et neige. Quand il s'arrêta, il ne restait rien. Quiloma hurla :
- Graph ta cron ! Graph ta cron Mjatsa !
Tous mirent genoux à terre en baissant la tête. Ils ne la relevèrent qu'en entendant les puissants battements d'ailes du dragon qui s'élevait dans le ciel.
vendredi 5 avril 2013
- Tu vas te battre ?
- Oui, le choix s'impose à moi. La loi
dit et même le roi fait.
- Ces combats ne cesseront-ils jamais ?
- L'homme peut être pacifique mais il
est souvent violent. S'il ignore sa violence comment peut-il être en
paix ?
- Je sais, Tandrag, je sais. Je
comprends ma mère quand elle me parle de sa fatigue à réparer ceux
que les autres abîment.
La pièce était dans la pénombre,
juste éclairée par le feu. Sabda avait accueilli le roi-dragon pour
le dîner. Elle lui avait demandé cette rencontre dès son arrivée.
Il était parti pour Tichcou trop vite pour l'honorer.
- Mon nom est autre maintenant, Sabda,
comme ton nom devient autre.
- Je ne dois plus t'appeler Tandrag.
- Si cela t'aide, tu as cette
possibilité.
- Te rappelles-tu nos rêves quand on
voyait le dragon ? « Bô le dragon ! »
Le roi-dragon sourit :
- Oui, « Bô le dragon ! »
Sabda avait avancé sa main et l'avait
posée sur la main du roi-dragon.
- Je connais ton désir, Sabda, mais
c'est devenu impossible même si un jour cela a pu sembler possible.
Sabda ne bougea pourtant pas sa main.
- Tu as raison, Tandrag, roi-dragon,
mais j'aime toucher ta main et me dire que je touche le dragon.
- Tu m'offres le merveilleux, Sabda. Tu
es la seule à me regarder avec des yeux où crainte et envie sont
absentes. Même la Solvette me regarde différemment d'avant. Quiloma
l'influence.
Le roi-dragon referma sa main sur celle
de Sabda et la porta à ses lèvres :
- Nos natures sont trop différentes.
Si je t'accordais ce que Quiloma a donné à ta mère, tu en
mourrais. Une telle pensée m'est intolérable. Un jour tu trouveras
le compagnon qui t'est accordé. Tu découvriras alors la richesse de
la vie en toi.
Le roi-dragon laissa le silence
retomber, seul le feu crépitait. Doucement, il se mit à fredonner,
dans le foyer, les flammes prirent de l'ampleur et commencèrent une
danse joyeuse. Sabda ouvrit de grands yeux. Son regard alla du feu au
roi-dragon qui chantonnait.
- Merveilleux, Tandrag ! dit-elle
en osant poser sa tête sur les genoux du roi-dragon.
Longtemps le roi-dragon murmura les
airs brûlants du feu, longtemps après que Sabda se soit endormie.
Il laissa ses pensées suivre les flammes et se réfléchir dans le
feu.
Le prince Yaé était parti. Est-ce un
bien ou un mal ? Il était dans l'incertitude. Tichcou semblait
être stable. Il allait partir derrière Yaé. Il pouvait compter sur
Sstanch et sur Quiloma. Kaltrim serait-il fidèle à sa parole ?
Il en avait l'impression comme pour Saÿnnu et Bogachalis. L'avenir
demeurait incertain. Il avait rencontré Kyll. Le maître-sorcier
n'avait pas pu être rassurant. « Là-bas, avait-il dit, se
concentre une force maléfique. Les esprits eux-mêmes en ont peur. »
Le roi-dragon retournait ce qu'il
savait en tous sens. Il lui fallait suive Yaé et aller aux cavernes
des dragons. Là étaient les réponses ! Au moins
quelques-unes.
Quand le matin était arrivé, Sabda
s'était levée.
- Merci de ce que tu m'as donné, dit
le roi-dragon.
- J'ai fait si peu, dit Sabda.
- Ce que tu as fait est immense. Tu as
fait pousser une graine d'humanité dans un cœur de dragon. Pour te
remercier, je te laisse mon compagnon.
Le feu rugit dans l'âtre.
- Regarde-le ! Il est heureux
d'habiter chez toi. Toujours, il t’accueillera. Toujours, il te
chauffera. Toujours, il te défendra.
Sabda se jeta au cou du roi-dragon :
- Merci Tandrag, roi-dragon.
- Les marabouts sont aussi
indispensables que l'air, Sabda. Quand tu seras prête, je souhaite
que tu tiennes ce rôle dans la ville. Que tes jours soient
prospères, Sabda et ton chemin tranquille.
- Que tes jours soient prospères et
ton chemin tranquille, roi-dragon.
mardi 2 avril 2013
Les préparatifs pour le départ
demandèrent du temps. Quiloma avait pris la direction des choses. Si
Bogachalis et Saÿnnu avaient tout de suite trouvé leurs marques,
Yaé restait à distance. Le roi-dragon avait demandé à ce que sa
phalange et lui soient cantonnés dans un camp provisoire en
attendant le départ. Le froid restait très présent à cette
altitude, alors qu'à Tichcou, le dégel arrivait.
La phalange noire avait fait un fort de
blocs de neige sur l'esplanade qui avait été dégagée près de la
pierre qui bouge.
Le roi-dragon avait fait un séjour à
Tichcou pendant que Quiloma planifiait l'expédition. Klatrim et
Sstanch avait bien commencé l'organisation. Un nouveau convoi de
flamintiens était arrivé, avec des vivres et des nouvelles du monde
extérieur. La coalition des Izus et du général Saraya réorganisait
ses forces pour la nouvelle campagne. Altanayo aurait trouvé refuge
près de la côte de la mer sauvage. Dans son cas, les informations
manquaient de précision. Le roi-dragon en avait conclu qu'il avait
du temps pour régler les problèmes dans le pays blanc. Il avait
donné des ordres à Kaltrim pour renforcer Tichcou et en faire une
ville royale. Ce dernier avait des idées précises de ce que devait
devenir la bourgade. Il demanda l'autorisation au roi-dragon de
convoquer les ouvriers nécessaires. Il l'obtint sous-réserve de ne
pas vider les coffres et de ne pas présurer la ville avec des impôts
trop lourds. Il nomma Sstanch responsable du suivi des comptes. Avant
de repartir, il lui fit cadeau d'un cylindre de pouvoir comme à tous
les princes-dixième.
- Il sera notre lien. Si tu le prends
dans tes deux mains comme ceci et que tu le poses sur ton front. Ta
parole me trouvera où que je sois. Tu me feras un rapport chaque
fois que deux mains de jours seront passées.
Le roi-dragon était reparti à pied
avec l'équipe qui ramenait des vivres à la ville. Suivre le chemin
qui remontait la vallée lui permettait de renouer avec certains de
ses souvenirs. Il en fut heureux. En arrivant près de la cascade de
son enfance, il sentit l'appel. Il s'arrêta au bord du chemin.
Fermant les yeux, il posa le front sur le haut du bâton de pouvoir.
Dans son esprit, vinrent les paroles de Quiloma lui apprenant que la
phalange noire avait disparu. Il vit Quiloma ayant posé son cylindre
de bois sculpté sur son front pour lui transmettre l'information.
Plus que cela il sentit la culpabilité que ressentait Quiloma pour
ne pas l'avoir vu plus tôt. Le roi-dragon sourit. Le vieux prince ne
changerait pas. Les intérêts du royaume passaient avant son
honneur.
Quand il arriva à la porte de la
ville, Quiloma l'attendait.
- J'ai failli, mon Roi !
- Tu te tourmentes pour avoir obéi à
mes ordres, Prince Quiloma. Yaé devait faire un choix. Il l'a fait.
Depuis quand est-il parti ?
- Au moins trois jours ! Il a
laissé quatre mains d'hommes derrière lui pour faire croire à sa
présence.
- Les as-tu interrogés ?
- Oui, ce sont les transfuges des
autres phalanges. Ils ont parlé d'un langage codé propre à la
phalange noire et se sont sentis exclus. Yaé leur a laissé le choix
de prononcer le serment noir ou de rester pour jouer la comédie.
- Tu vois, Prince Quiloma, eux aussi
ont choisi. Savaient-ils ce qu'ils risquaient ?
- Oui, le konsyli qui est resté, m'a
dit préférer la justice du roi à la soumission au maître de Yaé.
- Où sont-ils ?
- Je les ai fait enfermer dans la
prison.
- Combien sont partis ?
- Une phalange et deux mains d'hommes.
Les deux hommes remontèrent vers
Montaggone. Sabda s'approcha :
- Restes-tu avec nous ?
demanda-t-elle.
- Les évènements m'obligent à
changer mes projets, Sabda.
- Je ne te verrais pas, alors,
ajouta-t-elle, l'air déçu.
- Espère, Sabda. Je te ferai savoir.
Elle les quitta en arrivant à la
hauteur de la forge de Kalgar. Le roi-dragon regarda l'intérieur de
l'atelier avec nostalgie. Il aurait bien aimé s'arrêter un peu pour
s'occuper du feu. Il fit un geste à Kalgar qui lui rendit son
bonjour avec un sourire.
Arrivé à la citadelle, le roi-dragon
se fit amener le konsyli et les guerriers prisonniers. Le konsyli dès
qu'il fut en présence du roi-dragon, mit un genou à terre et posant
le poing fermé sur le cœur, il inclina la tête :
- Mon Roi, à toi je me soumets. Mes
actes sont sincères et ma fidélité entière.
- Ta salutation est-elle vérité ?
- J'ai douté, mon Roi, mais
aujourd'hui, ma soumission est totale.
- Alors approche ! Viens et touche
le bâton de pouvoir. Si tes paroles sont vraies, tu vivras. Si tu
mens, tu brûleras.
Le konsyli avala sa salive, se leva et
s'avança. Levant la main, il la posa sur le sommet du bâton. Il y
eut un éclair. L'homme cria en retirant sa main. Il regarda sa
paume. Au centre de sa paume, un dragon rouge pulsait ses ondes de
douleur.
- Ton serment est vérité, konsyli. Ma
marque est sur toi.
On fit avancer les autres guerriers. Si
certains avancèrent sans crainte, d'autres refusèrent. Il ne resta
bientôt que quatre guerriers, les bas croisés sur la poitrine
refusant de prêter serment et de toucher le bâton de pouvoir.
- La loi demande l'épreuve du combat,
dit le roi-dragon. Elle aura lieu demain sur l'esplanade du bas.
Emmenez-les !
Pendant qu'ils sortaient Quiloma
s'approcha :
- Quelles seront leurs armes ?
- Deux épées à chacun.
vendredi 29 mars 2013
Quiloma ressentit le malaise dès son
entrée dans la troisième salle. Ses guerriers étaient l'arme au
poing et, au centre de la pièce, Yaé était entravé et couché par
terre. Le roi-dragon regarda l'homme couché et ses gardiens. Il vit
les hématomes et les contusions. Il dit :
- Combien de blessés ?
- Une main d'hommes sans compter les
simples contusions.
- Bien, déliez-le et sortez avec la
lumière. Le Prince Yaé aime le noir.
- Mais mon roi, il est pire qu'un
crammplacs !
- Oui, pourtant telle est ma volonté.
Yaé regarda le roi-dragon d'un œil
noir. Les hommes bougèrent lentement et à reculons sans quitter le
prince-dixième des yeux. D'un geste-ordre, le roi-dragon dit à
Quiloma de se mettre contre la porte.
Une fois la porte refermée, la nuit
s'installa. La vision du roi-dragon s'adapta tout de suite. Il vit
par contre les deux hommes écarquiller les yeux pour distinguer
quelque chose. Le peu de lumière qui passait par les fentes de la
porte disparut quand les guerriers mirent une lourde tenture devant.
La nuit fut complète.
Quiloma sursauta en entendant la voix
du roi-dragon. Il lui était impossible de situer d'où elle venait.
Elle semblait faire partie de l'air lui-même. Il dégaina son épée
courte, l'oreille aux aguets. Son instinct lui disait que Yaé allait
attaquer. Il se baissa guettant le moindre bruit.
- Vois, Prince Yaé comme je te vois.
Des volutes prirent naissance au centre
de la salle. Simples ombres, elles ne semblaient pas dégager de
lumière. Ombres moins noires que la nuit, on en distinguait comme un
reflet. Quelques frottements laissèrent à penser que Yaé se
déplaçait. Quiloma se raidit. Pourtant le choc le prit par surprise
du côté où il n'attendait rien. Ses réflexes de combattant lui
sauvèrent la vie mais il perdit son épée. Il sortit sa dague. Il
eut peur. Yaé était le parfait exemple de ces phalanges de
francs-tireurs, aussi dangereux que des crammplacs. Un ordre était
un impératif que rien ne pouvait interrompre sinon son
accomplissement. Yaé ne se soumettrait pas avant d'avoir accompli ce
pourquoi on l'avait envoyé, à moins qu'il ne soit mort.
- Tu mets ton espoir dans ta force,
Prince Yaé. Regarde ce qui descend. C'est l'image de ton chant.
Malgré lui, Quiloma regarda, le noir
brillant des spirales qui naissait près du plafond pour descendre
vers le sol. Le bruit métallique et les étincelles qui
scintillèrent non loin de lui le prirent encore une fois au
dépourvu. Yaé, maintenant armé, avait attaqué à nouveau. Alors
que son arme allait toucher Quiloma, un coup de marteau l'avait
désarmé, envoyant la lame se planter dans la cloison de l'autre
côté. Il y eut des bruits de mouvements rapides et puis plus rien.
Seule persistait une luminescence sur l'épée qui vibrait encore.
- La crainte t'est inconnue, Prince
Yaé. C'est bien. Tu as choisi la voie noire et obscure. Aujourd'hui
tu fais face à qui est plus grand que ton prince. Quel est ton
chant ?
Le silence fut la seule réponse. Une
ombre se glissa contre la cloison pour arracher l'épée du mur.
Quand sa main toucha l'épée, Yaé cria.
- KA MA FIO TAS MABA
TRANCA SIM COMBA...
Ce n'était pas un chant, c'était un
hurlement.
- TUE, DE GLACE est ton cœur.
ÉGORGE, FROID EST TON SANG.
NOIRE EST LA VIE.
ROUGE EST LA MORT...
Au centre de la pièce, du bâton
planté, jaillissaient des flots d'éclairs rouges et noirs, donnant
un aspect irréel aux trois hommes. Yaé se précipita l'arme haute
sur le roi-dragon. Son arme vola une nouvelle fois. Souple et rapide,
il la récupérait pour recommencer. Quiloma fut subjugué par la
rapidité des deux hommes. Si Yaé se déplaçait vite, le roi-dragon
semblait être partout à la fois. Le tintement de leurs armes
retentissait dans toute la pièce.
- De glace est ton cœur, mais de feu
est le mien ! dit le roi-dragon. Froid est ton sang, mais feu
est le mien. Alors aujourd'hui choisis ton maître.
Les volutes se teintèrent d'or. La
lumière changea à nouveau. Chaque attaque de Yaé rencontrait le
marteau du roi-dragon dans un puissant tintement. À chaque fois, Yaé
était désarmé. À chaque fois, il plongeait pour récupérer
l'épée. À chaque fois les volutes d'or augmentaient. Bientôt la
lumière fut assez forte pour voir tous les détails de la pièce.
Quiloma se sentait hors jeu. Les deux hommes se faisaient face. Yaé
était essoufflé et épuisé, penché en avant. Le roi-dragon était
debout face à lui le marteau à la main. Il avança sur Yaé.
Celui-ci leva l'épée. Le marteau la fit voler au loin. Yaé se jeta
sur le côté pour la récupérer. Il ne l'avait pas atteint que le
roi-dragon était debout le pied sur la lame.
- La lumière te fait peur, Prince Yaé.
Acceptes-tu de me servir ?
- Jamais !
De nouveau, des vapeurs tels de noirs
serpents se tordirent dans l'air. La lumière s'obscurcit.
- Alors, attaque !
Le Prince Yaé se précipita en avant,
mais déjà la roi-dragon était passé derrière lui le poussant
fermement. Il s'étala par terre. Sa main se referma sur l'épée
devant lui. Il frappa de toute sa vitesse en arrière, ne rencontrant
que l'acier du marteau dans un tintement de gong. De nouveau désarmé
il bondit. Le marteau le cueillit à la tempe. Le prince Yaé
s'effondra.
Les éclairs noirs devinrent des
vapeurs, les arabesques d'or jaillissant du bâton les absorbèrent.
Quiloma regardait alternativement le
roi-dragon et Yaé :
- Est-il mort ?
- Je l'ai rendu inconscient.
Le roi-dragon s'approcha du Prince
Yaé :
- Il vivra. Les racines du sombre sont
profondes en lui. Sa rage et sa colère sont de bons terreaux pour
celui qui sait y planter ses graines de mal. La liberté lui est,
pour cela, inconnue. Du temps sera nécessaire à sa découverte. Je
vais le lier à moi contre ce mal.
Le roi-dragon retourna Yaé sur le dos,
lui mit la main droite sur le cœur. Il prit son bâton de pouvoir
qui continuait à déverser des flots d'or dans la pièce et le posa
sur la main de Yaé :
- Tsin ta la molvéo
Tsin tal la molvéo
Le chant s'éleva tel un murmure
pendant que les volutes d'or enveloppaient Yaé le cachant aux yeux
de Quiloma.
- En toi est la source.
En toi est ma source.
En toi se déverse l'or.
En toi se déverse le feu.
En toi habite le dragon-roi.
Ta colère est ma colère.
Ta violence est ma violence.
Le froid de ton cœur est brûlant
Du feu de mon cœur.
Quiloma regardait fasciné le corps de
Yaé qui semblait s'imprégner de ce qui le baignait. Quand tout fut
fini, le roi-dragon se redressa :
- Il sera prince-dixième. Sa phalange
est la phalange noire. Sans ombre, il mourra et ses guerriers avec
lui. J'ai mis la lumière en lui,... un peu, assez pour qu'il vive.
Son chemin sera long. Là où je vais, il a un rôle à jouer.
Pendant que le roi-dragon ouvrait la
porte, Quiloma pensa aux légendes, la phalange noire en faisait
partie. Elle était la phalange des parjures et des renégats. La
légende la plus célèbre racontait comment ils s'étaient rachetés
en servant le roi-dragon. Il pensa aussi à l'autre, la noire
légende, peut-être la plus vieille, qui racontait comment la
phalange noire avait trahi son roi.
mardi 26 mars 2013
Bagochalis se tenait bien droit, les mains attachées derrière le dos.
Le konsyli chargé de sa garde s'avança vers le roi-dragon et dit :
- Il a tenté de prendre une épée pour s'enfuir.
- Bien, dit le roi-dragon, déliez-le et sortez.
Bagochalis frotta ses poignets, tout en se tournant vers Quiloma et le roi-dragon.
- Explique ! dit ce dernier.
- Le Prince Sanki a reçu mon chant et il avait donné le sien au Prince-majeur. Mon serment n'est pas pour vous.
- Tu es de la famille de Coïtti. Elle a toujours été fidèle aux rois-dragon dans les temps anciens. Pourquoi changerait-elle aujourd'hui ?
L'homme tournait doucement autour de la pièce. La lumière était très faible. Les guerriers étaient sortis avec les torches. Quiloma pensa à un crammplac en cage. Bagochalis ne s'était pas soumis, il attendait le moment favorable.
- Le Bras du Prince-majeur a parlé de vous au Prince Sanki. Il a parlé de votre magie. Il a dit qu'elle n'était qu'illusion. Je crois mon Prince.
- Le bout de bâton de ta ceinture, où est-il ?
- Il a brûlé à votre arrivée, encore une magie.
- Qu'attends-tu ?
- Mon maître !
- Bien alors regarde !
Il dévoila le bâton de pouvoir à l'instant même où Bagochalis venait de décider d'attaquer le roi-dragon. L'homme sembla se bloquer sur place alors que les volutes de lumières s’élevaient dans la pièce jetant des lueurs changeantes sur les murs. Le rouge se mélangeait à du gris. Du orange vint s'ajouter à des arabesques dont la complexité défiait l'esprit humain.
- Bien, très bien ! Avance maintenant Prince Bagochalis.
Les yeux fixés sur le jaune qui venait d'arriver dans les tourbillons aériens, il approcha du centre de la pièce. Quiloma se tenait contre le mur, immobile, le regard aussi fixe que celui du prince-dixième. Le roi-dragon se mit en mouvement. Reculant doucement, il guida Bagochalis jusqu'au centre de la pièce.
- Plus profond, Prince Bagochalis, va encore plus profond et écoute ce que disent en toi ceux qui ont vécu avant toi.
Les volutes se teintèrent de bleu, de violet, et de vert. Elles se tordaient, tourbillonnaient évoquant les fumées d'un feu de bois. Bagochalis se mit à haleter comme s'il souffrait. Il tomba à genoux en se prenant la tête dans les mains.
- Qu'entends-tu, homme fils de prince ?
- Bioulo tamakatis
Casamta bigalis
Sinatal Bagochalis
Le chant était saccadé, grinçant.
- Au pouvoir tu seras
Ton bras tu donneras
Bagochalis ainsi tu vivras
Combattant tu seras
Ta vie tu donneras
Bagochalis tu seras
En chemin tu seras
Ton destin tu donneras
Bagochalis tu seras
Prince tu seras
Ton pouvoir tu donneras
Bagochalis tu seras
Alors que son chant continuait tel un courdy désaccordé, le roi-dragon s'approcha de l'homme à terre et le toucha. Ce dernier hurla et de nouveau les arabesques changèrent. Le noir vint se mêler aux autres couleurs, les altérant, leur faisant perdre leur brillance. D'une voix grave et douce, le roi-dragon se mit à chanter comme une berceuse :
- Tial ban cha, Bagochalis,
Tial ban cha...
Coum tel gat, Bagochalis,
Coum tel gat...
- Sois qui tu es Bagochalis,
Sois qui tu es...
Avec fidélité, Bagochalis
Avec fidelité...
De tes aïeux, Bagochalis
De tes aïeux...
Reçois la vie, Bagochalis
Reçois la vie...
Autour de toi, Bagochalis
Autour de toi...
Regarde-les, Bagochalis
Regarde-les...
Du bâton de pouvoir s'élevait un arc en ciel ourlé d'or. Il sembla se tordre pour se lover dans les creux des volutes qui déjà volaient dans la pièce. Leur rencontre faisait éclater des symphonie de couleurs plus riches les unes que les autres. Bientôt une voix s'éleva, timide au départ, elle gagna en assurance :
- Milta gama voya chima
Milta choya gami chayo...
- Quand naît la lumière se lève l'homme.
Les yeux de lumière révèlent le vrai.
Quand des racines montent la sève,
Plus beau est le litmel.
D'or seront mes rêves
Puisque d'or sont les yeux qui m'ont regardé.
Simple et serein le chant s'éleva pendant que spiralaient les couleurs. Il prit le temps de se dire. Il prit le temps de se recevoir. Le roi-dragon termina la cérémonie par le don d'un cylindre de pouvoir.
Puis de nouveau, il fit jurer la phalange de Bogachalis, tout en écartant ceux qui ne pourraient tenir leur serment.
Le konsyli chargé de sa garde s'avança vers le roi-dragon et dit :
- Il a tenté de prendre une épée pour s'enfuir.
- Bien, dit le roi-dragon, déliez-le et sortez.
Bagochalis frotta ses poignets, tout en se tournant vers Quiloma et le roi-dragon.
- Explique ! dit ce dernier.
- Le Prince Sanki a reçu mon chant et il avait donné le sien au Prince-majeur. Mon serment n'est pas pour vous.
- Tu es de la famille de Coïtti. Elle a toujours été fidèle aux rois-dragon dans les temps anciens. Pourquoi changerait-elle aujourd'hui ?
L'homme tournait doucement autour de la pièce. La lumière était très faible. Les guerriers étaient sortis avec les torches. Quiloma pensa à un crammplac en cage. Bagochalis ne s'était pas soumis, il attendait le moment favorable.
- Le Bras du Prince-majeur a parlé de vous au Prince Sanki. Il a parlé de votre magie. Il a dit qu'elle n'était qu'illusion. Je crois mon Prince.
- Le bout de bâton de ta ceinture, où est-il ?
- Il a brûlé à votre arrivée, encore une magie.
- Qu'attends-tu ?
- Mon maître !
- Bien alors regarde !
Il dévoila le bâton de pouvoir à l'instant même où Bagochalis venait de décider d'attaquer le roi-dragon. L'homme sembla se bloquer sur place alors que les volutes de lumières s’élevaient dans la pièce jetant des lueurs changeantes sur les murs. Le rouge se mélangeait à du gris. Du orange vint s'ajouter à des arabesques dont la complexité défiait l'esprit humain.
- Bien, très bien ! Avance maintenant Prince Bagochalis.
Les yeux fixés sur le jaune qui venait d'arriver dans les tourbillons aériens, il approcha du centre de la pièce. Quiloma se tenait contre le mur, immobile, le regard aussi fixe que celui du prince-dixième. Le roi-dragon se mit en mouvement. Reculant doucement, il guida Bagochalis jusqu'au centre de la pièce.
- Plus profond, Prince Bagochalis, va encore plus profond et écoute ce que disent en toi ceux qui ont vécu avant toi.
Les volutes se teintèrent de bleu, de violet, et de vert. Elles se tordaient, tourbillonnaient évoquant les fumées d'un feu de bois. Bagochalis se mit à haleter comme s'il souffrait. Il tomba à genoux en se prenant la tête dans les mains.
- Qu'entends-tu, homme fils de prince ?
- Bioulo tamakatis
Casamta bigalis
Sinatal Bagochalis
Le chant était saccadé, grinçant.
- Au pouvoir tu seras
Ton bras tu donneras
Bagochalis ainsi tu vivras
Combattant tu seras
Ta vie tu donneras
Bagochalis tu seras
En chemin tu seras
Ton destin tu donneras
Bagochalis tu seras
Prince tu seras
Ton pouvoir tu donneras
Bagochalis tu seras
Alors que son chant continuait tel un courdy désaccordé, le roi-dragon s'approcha de l'homme à terre et le toucha. Ce dernier hurla et de nouveau les arabesques changèrent. Le noir vint se mêler aux autres couleurs, les altérant, leur faisant perdre leur brillance. D'une voix grave et douce, le roi-dragon se mit à chanter comme une berceuse :
- Tial ban cha, Bagochalis,
Tial ban cha...
Coum tel gat, Bagochalis,
Coum tel gat...
- Sois qui tu es Bagochalis,
Sois qui tu es...
Avec fidélité, Bagochalis
Avec fidelité...
De tes aïeux, Bagochalis
De tes aïeux...
Reçois la vie, Bagochalis
Reçois la vie...
Autour de toi, Bagochalis
Autour de toi...
Regarde-les, Bagochalis
Regarde-les...
Du bâton de pouvoir s'élevait un arc en ciel ourlé d'or. Il sembla se tordre pour se lover dans les creux des volutes qui déjà volaient dans la pièce. Leur rencontre faisait éclater des symphonie de couleurs plus riches les unes que les autres. Bientôt une voix s'éleva, timide au départ, elle gagna en assurance :
- Milta gama voya chima
Milta choya gami chayo...
- Quand naît la lumière se lève l'homme.
Les yeux de lumière révèlent le vrai.
Quand des racines montent la sève,
Plus beau est le litmel.
D'or seront mes rêves
Puisque d'or sont les yeux qui m'ont regardé.
Simple et serein le chant s'éleva pendant que spiralaient les couleurs. Il prit le temps de se dire. Il prit le temps de se recevoir. Le roi-dragon termina la cérémonie par le don d'un cylindre de pouvoir.
Puis de nouveau, il fit jurer la phalange de Bogachalis, tout en écartant ceux qui ne pourraient tenir leur serment.
vendredi 22 mars 2013
Quiloma n'avait pas bien compris l'agir
de ce roi-dragon. Qunienka était de son avis. Il avait essayé d'en
parler avec la Solvette mais elle avait donné raison au roi-dragon.
Selon le code de l'honneur en usage dans le pays Blanc, les trois
princes et leurs phalanges étaient coupables et auraient dû être
châtiés. Non seulement il avait fait grâce aux guerriers mais il
avait rendu leur rang et leur commandement à Saÿnnu et à
Bagochalis. Quiloma avait été très réticent à cette démarche.
Mais le roi-dragon avait donné des ordres. On avait séparé les
trois princes et mis chacun dans une salle sous haute surveillance.
Accompagné de Quiloma, toujours sous sa forme simplement humaine, le
roi-dragon était entré là où l'on retenait Saÿnnu. Celui-ci
s'était mis au garde-à-vous en le voyant entrer. Tous les gardes
sortirent. Il ne resta que Saÿnu, Quiloma et le roi-dragon.
- Bien, très bien, Prince Saÿnnu.
Vient le moment pour moi de choisir ton avenir.
Saÿnnu avait avalé sa salive tout en
regardant le roi-dragon enlever le fourreau qui recouvrait son bâton
de pouvoir. Les arabesques dessinées dessus capturèrent ses yeux.
- Bien, Prince Saÿnnu. Regarde bien
les lignes. Tu vois comme elles sont belles. Elles sont le reflet de
ton chemin.
Sous les regards capturés des princes,
des lignes sinueuses s'élevèrent du bâton pour se tordre,
s’enlacer, se tresser dans les airs en un scintillement coloré
fait de bleu, de vert, de blanc et d'un peu de noir qui venait
souligner la brillance des autres couleurs.
- Bien, Prince Saÿnnu, maintenant,
chante ton chant propre.
Il y eut comme une hésitation chez
Saÿnnu. Le chant propre d'un prince est le chant du serment, le
chant de sa vassalité. Propre à chacun, il est inconnu des autres
et si nul ne doit le chanter en dehors de la cérémonie
d'initiation, tous pourtant, doivent le répéter chaque jour pour
être prêt à le proclamer si le roi ou le Prince-majeur le demande.
Ce chant était tombé en quasi désuétude depuis l'arrivée au
pouvoir de ce Prince-majeur. Saÿnnu lutta, fronçant les sourcils,
pour se rappeler ce qu'on lui avait appris. Sur son visage, les
sentiments s'exprimaient sans retenue. La peur y succédait à la
surprise. Il balbutia :
- Je... Je...., non, je ne m'en
souviens pas....
Des larmes coulèrent sur ses joues.
- Bien, Prince Saÿnnu, entre dans la
confiance, regarde et chante !
Les arabesques s'enrichirent d'autres
couleurs, changèrent de rythme. Puis un fin filet doré qui prit de
l'ampleur vint se mêler aux dessins complexes qui flottaient dans
l'air.
Un sourire apparut sur le visage de
Saÿnnu :
- Yolo cum ba yolo
Simba Saÿnnu
Simba Saÿnnu
Yalo tim sa Yalo
Vinca Saÿnnu...
La pièce se remplit des images du pays des vents.
Vinca Saÿnnu...
La pièce se remplit des images du pays des vents.
- Quand souffle le Yolo,
Viens maintenant Saÿnnu.
Quand brûlent les combats,
Vaincs maintenant Saÿnnu.
Les plaines blanches brillent
de l'éclat de tes armes.
L'honneur du roi est tien.
La gloire du Dragon est tienne.
Que viennent les ennemis.
Que coule leur sang.
Rouge est le roi-dragon,
Dorée est sa victoire.
À jamais Saÿnnu est son sang !
À jamais Saÿnnu est sien !
Le chant continua pour s'achever dans
un murmure.
Quiloma prit conscience du silence. Le
roi-dragon avait recouvert le bâton de pouvoir. Il porta la main au
morceau de bois sculpté qu'il avait dans son étui rouge. Plus
précieux que le morceau du bâton brisé qu'il avait, le roi-dragon
lui avait remis un cylindre de bois ouvragé porteur de pouvoir. Il
vit que le roi-dragon remettait un insigne semblable au
prince-dixième Saÿnnu.
- Allons voir ta phalange ! dit le
roi-dragon.
Les trois hommes sortirent pour
découvrir, impeccablement alignés, tous ceux qui avaient survécu
au combat.
Saÿnnu montra le signe de son
adoubement. Quand ils virent le morceau de bois, tous les guerriers
mirent genou à terre et prononcèrent le serment de fidélité à
leur prince. Toutes les têtes baissées brillaient dans le soleil du
jour sauf une par-ci, par-là. D'un ordre geste Qunienka fit
intervenir ses guerriers qui les firent mettre à part. Quiloma jeta
un regard interrogatif au roi-dragon.
- Leur cœur est impur. Leurs voix
sonnent comme un gong désaccordé. Ils seront infidèles. Allons
voir Bagochalis.
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