
Karabval s’appuya sur un arbre pour
souffler. Il courait depuis si
longtemps. Le sang avait séché et il pensait maintenant qu’il avait semé ses
poursuivants. Sa chance avait été de croiser un Gouam. Ces bêtes énormes, qui écrasaient tout sur leur
passage, effaçant les traces, et qui laissaient
une odeur tellement prégnante
que même le flair le plus aiguisé ne pouvait suivre la piste. Il palpa sa
plaie. Elle était douloureuse. La lame avait provoqué une longue estafilade qui
démarrait sous le sein pour finir sur le côté. Elle n’avait tranché que le
muscle. Cela rendait la respiration difficile. S’il savait qu’il avait des
poursuivants derrière lui, il ne les pensait pas si près. Il jura plusieurs
fois. De la distance, voilà ce qu’il lui fallait. Sa respiration se calmait. Il
réfléchissait. Comment laisser le moins de traces possible ? Il regarda autour de lui. Le paysage avait changé. Il
était plus rocheux. Il alla s’asseoir sur une pierre plutôt plate. Il en avait
assez de ce sol marécageux. Après cette course, ses pieds étaient à vifs. La
peau, ramollie par trop
d’humidité, était partie en lambeaux. Karabval grimaça en voyant l’étendue des
dégâts. Il était épuisé. Il s’allongea sur la pierre en fermant les yeux. Quelques
instants de repos lui feraient
du bien. Après il lui faudrait reprendre sa course pour échapper à ses
poursuivants.
Il y eut un clac, puis un deuxième.
Karabval se réveilla en sursaut. Il s'était endormi sans même s'en rendre
compte. Il se dressa sur son céans. Il découvrit des scales autour du rocher.
Leurs claquements de mâchoires
venaient de le réveiller.
Était-il mort pour avoir droit à la réponse des scales ? Doucement, sans
mouvements brusques, il sortit ses armes. La bête la plus proche renifla un
grand coup et claqua bruyamment ses mandibules. Karabval fit de même en tapant
sa dague et son épée. Le scale fit un bond en arrière.
Karabval se leva. Les autres scales
claquèrent des mâchoires. Il claqua encore une fois le métal contre le métal. De
nouveau les plus proches reculèrent. Il allait le faire une troisième fois
quand survint la douleur, intolérable. Il se sentit à la fois comme broyé et comme si on l'avait jeté dans une
fournaise. Il s'entendit hurler. Sa dernière pensée consciente fut que son cri
serait comme un phare dans
la nuit pour ses poursuivants.
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