vendredi 11 mai 2012


Méaqui poussait avec entrain sur ses bâtons. Ils rentraient. Qualimpo le suivait. Il était un peu moins joyeux. Ils rentraient mais le Bras du Prince n'était pas là. Il pensait aussi que la guerre les attendait. Si le Prince Majeur les rappelait, il supposait que la campagne contre les Gowaï allait mal. Il n'avait jamais participé à une bataille en tant que prince à la tête d'une phalange. Pour lui, ce début de commandement ne se passait pas comme il l'avait rêvé. Autant être parti avec Jorohery pour une mission était un honneur, autant revenir sans lui et sans l'anneau lui évoquait le déshonneur. Il pensait aussi que la vie était plus légère loin de Jorohery. Heureusement, le mouvement régulier et rapide qu'imposait Méaqui le satisfaisait. Les deux phalanges couraient côté à côte. Ils avaient laissé derrière eux les serviteurs qui rentreraient à leur rythme. Sans faire la course, ils se stimulaient sérieusement. Leur progression était rapide. Le temps était froid mais beau. Ils iraient plus vite qu'à l'aller. Qualimpo avait hâte de retrouver son pays.
Du haut du col, le groupe des serviteurs regardait les deux phalanges prendre de la vitesse et de la distance. Même sans les guerriers, Mitsiqui n'avait pas peur. Ils arriveraient à bon port. Leur chemin ne croisait pas de zone en guerre. Il goûtait ses instants rares. Serviteurs sans maître à servir, il pouvait se laisser aller avec ceux qui étaient comme lui. Le Macoca portait presque toutes les affaires, ce qui allégeait leur marche. Ils allaient vivre de bons moments. Ils avaient des provisions et pas d'ordre. Mitsiqui savait que même sans traîner, son groupe n'allait pas se presser. Les choses sérieuses ne reprendraient qu'en arrivant.
Un jour était passé. La phalange de Qualimpo était arrivée avant celle de Méaqui au bivouac. Qualimpo fit le tour de son campement pour prévenir ses hommes. Il leur confirma que Méaqui n'avait pas apprécié. A leur sourire, il n'eut pas besoin d'ajouter que, pour la journée de demain, le rythme serait le même. Pendant ce temps Méaqui faisait de même, menaçant ses hommes de sanctions s'ils ne tenaient pas leur vitesse.
Qualimpo se préparait encore quand il vit partir l'autre phalange. Il jura et fit passer l'ordre de départ. Sa mauvaise humeur dura jusqu'au col. Arrivant avec les premiers, un konsyli de l'avant garde lui montra la phalange de Méaqui non loin de là. Alerté, il fit mettre ses hommes en ordre de combat. Quelque chose n'allait pas. Ce qu'il voyait montrait que Méaqui s'était préparé à se battre. Les deux phalanges firent jonctions sans que rien de mauvais n'arrive.
- Que se passe-t-il ? demanda Qalimpo à Méaqui.
- Regarde là-bas, répondit ce dernier en désignant la vallée vers la gauche.
- Je ne vois rien d'anormal.
- Les charcs !
Qualimpo concentra son attention sur les oiseaux. Il y en avait trop.
- Ils ne sont pas sur notre route.
- Non, mais ce n'est pas un bon signe. Quelque chose les attire.
- Oui, la mort.
- Ils sont plus nombreux que sur un champ de bataille. Je n'ai rien vu qui puisse en attirer autant.
- Il n'y a qu'à continuer, ils ne nous gênent pas.
- Rappelle-toi la légende du Prince qui ne voulait pas croire aux signes et comment il a mal fini. Ce que tu vois là est un signe. A nous de l'interpréter. Appelle ton second, nous allons tenir conseil.
Les deux phalanges se mirent en place, prêtes à toute éventualité. Au centre du dispositif, les deux princes dixièmes et leurs seconds tenaient conseil.
Les premières patrouilles étaient rentrées sans rapporter de signes de danger.
- Je crois que nous allons pouvoir continuer, dit Qualimpo
- Puissiez-vous dire vrai, mon Prince, dit son second Miaro. Je suis comme le prince Méaqui, je n'aime pas voir ces oiseaux de malheur.
- Je préférerais les fuir. Ils ne nous coupent pas la route, dit Lozadi.
- Je serais comme toi, dit Méaqui, si un marabout ne m'avait prédit avant le départ que je les verrais et que j'aurais à prendre la bonne décision pour que l'avenir soit.
- Mon prince, comment décider avec aussi peu d'éléments ? reprit Lozadi.
- Je propose que nous attendions les dernières patrouilles. Si nous n'avons rien de plus, nous repartons. Le Prince Majeur nous attend.
Ils se séparèrent sur ces dernières paroles.
Le groupe des serviteurs descendait du col quand arriva la dernière patrouille.
- Parle Konsyli.
- Mon Prince, nous avons poussé suivant les ordres, aussi loin que possible. Nous avons pénétré dans le bois. Les arbres sont couverts de charcs sauf sur une étroite zone. Nous avons suivi cette ligne. Ils nous ont regardés sans bouger. Nous avons continué à progresser. Et puis Gara a voulu se soulager. Il s'est éloigné de quelques pas sur la droite. Les charcs ont attaqué. Une fois revenu près de nous, ils sont repartis se percher de part et d'autre. J'ai fait faire plusieurs tentatives sans plus de succès. On dirait qu'il existe un chemin où l'on ne risque rien. J'ai fait faire demi-tour au groupe sans que rien de fâcheux n'arrive.
- As-tu vu quelque chose au bout de ce chemin? demanda Méaqui.
- Non, Mon Prince, il était trop tard pour aller plus loin. Nous sommes venus rendre compte.
Qualimpo posa quelques questions sans pouvoir percer ce mystère. Quel chemin les charcs gardaient-ils? Quand Méqui proposa d'aller voir, il approuva.
Comme la nuit approchait, ils bivouaquèrent sur place sans abandonner l'état d'alerte.
Aux premières lueurs, Méaqui se prépara avec quatre groupes.
- Si demain, je ne suis pas de retour, continue ton chemin avec ta phalange, dit-il à Qualimpo. Le Prince Majeur nous attend. Quant à Lozadi, il suivra si je ne suis pas de retour dans deux jours.
Qualimpo et les seconds regardèrent partir la patrouille. L'attente commençait.
Le Konsyli qui avait déjà fait le chemin ouvrait la marche avec ses quatre hommes, derrière suivaient Méaqui et le reste des groupes. En s'approchant du bois, il vit que tout était comme le konsyli lui avait rapporté. Il n'avait jamais vu autant de charcs. Ils trouvèrent l'endroit libre de volatiles. S'arrêtant un moment, Méaqui chercha des indices pour comprendre ce qu'il se passait. Ils étaient descendus dans une vallée. Derrière eux, la route qui passait par les crêtes. C'était le chemin le plus direct entre chez eux et le village où l'Anneau avait disparu. Vers la droite, la pente était raide. Des grandes parois rocheuses coupaient la montagne, isolant des zones parfois boisées. A gauche, la pente s'élevait jusqu'à une crête arrondie. Devant la forêt commençait et cachait la vue. Le silence des oiseaux était ce qui inquiétait le plus Méaqui. Il avait toujours vu les charcs piailler sur les champs de bataille quand ils étaient nombreux. Aujourd'hui il les voyait perchés ne bougeant pas ou presque. Seuls leurs yeux suivaient les hommes. C'est dans cette ambiance étrange qu'ils pénétrèrent sous les ramures. La forêt était dense. La lumière faible. On n'entendait que les chuintements des planches glissant sur la neige et le vol lourd des oiseaux qui semblaient les accompagner. Ils avancèrent comme cela pendant plusieurs heures. Il était évident qu'il existait une route, un chemin, une trace. Méaqui ne savait pas quel mot utiliser pour désigner leur itinéraire. Leur progression n'était pas droite mais tortueuse. Sans les traces sur la neige et les charcs, les groupes se seraient déjà perdus. Entre le premier et le dernier, ils ne se voyaient pas. Les branches basses étaient trop nombreuses, trop chargées. Ils descendaient. Ils arrivèrent à un confluent entre deux vallées. A la fonte des neiges, des ruisseaux devaient courir dans ce paysage. En cette période, tout était blanc ou presque noir. Méaqui ordonna une halte. Il aurait bien envoyé une patrouille vers l'amont de cette vallée étroite qui s'ouvrait sur leur gauche. Les charcs n'étaient pas d'accord. Leur nombre dans cette partie du paysage interdisait tout espoir de passer. Il ne restait qu'une voie, la descente. La neige avait pénétré partout malgré la densité des arbres. Sa blancheur permettait de voir dans ce sous-bois, tout en donnant une qualité de lumière quasi spectrale. Méaqui sentait que ses hommes y étaient sensibles. Ils étaient nerveux, prêts à se battre, trop prêts. Le moindre incident pouvait dégénérer. Il ne voulait pas avoir à refaire une cérémonie du roi dragon.
Il fit repartir ses groupes un par un. Ils laissaient de l'espace entre eux. Le dernier de chaque groupe avait ajouté le tomcat à ses jambières. A chaque pas, il claquait légèrement. Cela pouvait évoquer le craquement de la glace. Chaque phalange avec son tomcat accordé différemment. Ainsi équipé, il pouvait suivre ce qui se passait devant ou derrière. Ce bruit assez sourd ne portait pas loin et ne les mettait pas en danger.
La course avait repris depuis quelques milliers de pas quand Méaqui entendit que le premier groupe s'était arrêté. Il prêta l'oreille. Il fut étonné d'entendre un autre tomcat. La tonalité n'était pas celle de sa phalange, ni celle de Qualimpo. Un tomcat de Quiloma lui sembla improbable. Il avança au niveau du premier groupe. Par signes, le Konsyli lui fit comprendre qu'il partageait son point de vue. Le bruit venait de devant. Trop d'arbres cachaient la vue. Méaqui fit venir en silence tous ses groupes. Toujours par signes, il ordonna de se préparer au combat. Les armes furent apprêtées. Lancinant, le tomcat devant eux continuait son battement.
Ils se glissèrent d'arbre en arbre, attentif au moindre détail, tous leurs sens en alerte. Bientôt, ils encerclèrent une petite clairière devant une entrée de grotte. Pendu à une branche basse un tomcat se balançait en claquant doucement. Rien d'autre ne bougeait. Les charcs entouraient la clairière. Méaqui se dit :
- On est au bout du chemin.
Par signe, il donna l'ordre de vérifier les alentours. Les arcs courts bandés étaient pointés sur l'entrée de la caverne. Toujours aussi silencieux, les hommes de la phalange de Méaqui revinrent faire leur rapport. Autour, il n'y avait pas âme qui vive, pas de trace, ni d'homme, ni d'animaux. S'il y avait quelqu'un, il était là depuis avant les dernières chutes de neige.
Méaqui ressentait le danger. Il avait espéré trouver un danger concret contre lequel, il aurait pu lancer ses guerriers. Là, dans ce silence de mort, il se prit à avoir peur. Qu'est-ce qui se cachait dans la caverne?
En regardant ses soldats, il vit que la même question devait les agiter. Le vent souffla un peu plus fort. Le tomcat claqua un peu plus fort. Méaqui fit un geste. Les premiers combattants s'approchèrent. Bientôt, ils encadrèrent l'entrée de la grotte. Après un dernier regard vers son prince, le premier konsyli pénétra dans la grotte suivi de son groupe. Quelques secondes passèrent puis le deuxième groupe se positionna autour de l'entrée. Le temps parut s'arrêter.
Puis le konsyli sortit sur le seuil :
- Mon Prince, venez voir.
Il fit aussi le geste disant qu'il n'y avait pas de danger.
Méaqui s'avança et pénétra dans la cavité. Ses yeux s'habituèrent peu à peu à la pénombre. Il suivit un couloir et c'est presque accroupi qu'il se retrouva dans une salle presque plongée dans l'obscurité.
Plusieurs corps étaient allongés. Il en compta trois. Une odeur lourde et agressive régnait dans l'espace.
- Konsyli, fais sortir tes hommes et amène du feu.
Méaqui resta seul. Il se pencha sur le premier. Il le toucha. Il était froid. Le deuxième était aussi raide. Il s'approcha du troisième au moment où la lumière arriva. Il eut un mouvement de recul. Le reflet de la flamme se dansait dans deux yeux grands ouverts qui semblaient le fixer. Il se ressaisit et regarda.
- Le bras du Prince Majeur !
Il se pencha pour le toucher. Il était tiède. Les yeux avaient suivi ses gestes. Se tournant vers le konsyli, il dit :
- Donne-moi ta torche, va préparer une civière et envoie un groupe prévenir que nous rentrons avec un blessé.
Tenant la torche, il se retourna vers l'homme allongé. Seuls les yeux semblaient encore vivants.
- Ne vous inquiétez pas, nous allons vous sortir de là.
Avec la lumière, il vit que le bras droit manquait. Dans la caverne, il vit les restes d'équipements. Il reconnut les sacs de la phalange de Quiloma. Il s'approcha des corps étendus. Il les examina. Les yeux de Jorohery ne le quittaient pas. Il eut un haut-le-corps. Il vit les mutilations sur les guerriers morts. Il ne dit rien, coinça la torche et commença à déblayer l'espace pour pouvoir bouger Jorohery. Il inspecta tout en dégageant les affaires. Il accumula les indices. Quand arriva l'aide, Méaqui pensa avoir une idée précise de ce qui s'était passé. Quiloma serait fier de ses hommes. Ils avaient été au bout de leur devoir.
Il laissa la place aux hommes venus sortir Jorohery. Il fut heureux de retrouver l'air libre. Le regard de cet homme était vraiment difficilement supportable. Il avait survécu. Méaqui fut heureux d'avoir suivi son intuition. Il ramenait son Bras au Prince Majeur, même s'il n'avait pas l'Anneau, il ne rentrerait pas sans honneur.
Les hommes s'étaient presque détendus en attendant que l'on sorte le blessé. Seule la présence des oiseaux les gênait. On avait retrouvé Jorohery, le retour s'annonçait meilleur que prévu. Ils auraient sûrement droit à des gratifications pour cette action. Ils virent leur prince apparaître.
Il donna ses ordres pour que dès que la civière serait sortie, on rejoigne le plus vite possible le reste de la phalange et les serviteurs. Mitsiqui saurait quoi faire.
Bientôt on vit des ombres s'agiter dans l'entrée de la caverne, puis la civière apparut. Méaqui regardait Jorohery. Quand la lumière lui toucha le visage, il ferma les yeux.
Ce fut l'apocalypse, dans un gigantesque bruit d'ailes et de cris, tous les charcs décollèrent.
Tous les hommes s'étaient accroupis sous la surprise. Ils se relevèrent doucement, les uns après les autres, regardant en l'air. On entendait encore au loin quelques cris. Petit à petit le silence se fit dans la clairière.
C'est Méaqui qui reprit le premier ses esprits.
- Ne traînez pas, il faut être au bivouac le plus vite possible.
Si l'aller avait été prudent, le retour se fit au pas de course. Un groupe partait devant. Il s'arrêtait. Quand arrivaient ceux qui tiraient la civière, ils prenaient le relais. Ceux-ci se reposaient un peu, puis ils repartaient, doublaient la civière et attendaient plus loin.
Qualimpo et Mitsiqui avaient fait préparer le bivouac pour accueillir le blessé. Le messager n'avait rien dit et ils ne savaient pas qui arrivait. Dès que les guetteurs virent le brancard, ils vinrent les prévenir. C'est en toute hâte qu'ils se portèrent au devant des arrivants. Méaqui donnait le rythme. Une nouvelle fois Qualimpo admira son style qui lui permettait d'aller aussi vite avec une telle économie de mouvements.
- C'est le Bras du Prince Majeur !
- Mais comment ...commença Qualimpo.
- Plus tard, répondit Méaqui, il faut s'occuper de lui. Mitsiqui, je te le confie.
- Bien, Mon Prince.
Déjà les serviteurs s'activaient autour de la civière pour l'emmener près du Macoca. Déjà certains étaient partis couper des branches et des baliveaux pour faire un traîneau pour le blessé. Une tente avait été dressée. Un foyer de pierres à feu l'avait réchauffé.
Méaqui appuyé sur ses bâtons, reprenait son souffle en regardant disparaître Jorohery dans la tente.
- Lozadi !
- Oui, Mon Prince ?
- Double la ration des hommes, ils l'ont bien méritée.
- Oui, Mon Prince!
Qualimpo bouillait d'impatience, mais il connaissait les règles. Méaqui devait s'occuper de ses hommes avant tout. C'est ce qu'il fit, prenant le temps qu'il lui fallait.
Quand ils furent réunis pour prendre le repas, Qualimpo ne put retenir sa curiosité. Méaqui ne se fit pas prier mais demanda aux seconds d'être présents. Ils utilisèrent la langue des princes pour se parler. Sans être complètement différente-différente de la langue courante, elle imposait une gymnastique de l'esprit que les soldats ne maîtrisaient pas.
- Mes paroles sont vraies et mon récit véridique.
Qualimpo tiqua. Si Méaqui commençait avec les formules du serment c'est que ce qu'il avait à dire devait rester secret, à moins que le Prince Majeur n'en décide autrement. Il comprenait la nécessité de la présence des seconds. Si l'un d'eux disparaissait, il resterait assez de témoins pour rapporter les paroles de cette réunion.
- Mes paroles sont vraies et mon récit véridique. Que le Prince Majeur soit celui qui reçoit le récit de ma bouche par vos oreilles. Obéissant à sa Voix qui portait ses désirs, nous avons mis nos actes en accord avec sa volonté. Ma phalange courait comme un seul être fidèle et droit quand est apparu le signe tel que l'avait prédit le sage guérisseur au palais du prince Majeur. Ses claires paroles à mes oreilles résonnaient encore. Par mon action, adviendrait l'histoire de mon peuple. Mon « oui » ou mon « non » deviendrait le fil avec lequel l'avenir se tissera. Les charcs montraient la voie. Ainsi furent les paroles de mes éclaireurs. De nouveau, j'entendis le marabout du Prince Majeur me disant qu'au bout de ce chemin était le destin des miens semblables. Mes forces ont suivi ma volonté. La course fut longue et éprouvante mais au bout nous fûmes récompensés. Dans un espace libre s'ouvrait un réceptacle de pierre. Quand j'y pénétrais, point de lumière. C'est à peine si je distinguais les corps. Ce n'est pas un blessé que nous avons découvert, mais trois corps dont un encore tiède. Je fis amener la lumière qui fut révélatrice. De toute sa force survivait le Bras du Prince Majeur. Mettant tout mon savoir au service du Prince, j'ai lu les signes de leur histoire. A trois ils sont arrivés dans cette grotte. Déjà le Bras du Prince Majeur était blessé. Les guerriers de Quiloma ont fait ce que leur devoir dictait. Ils se sont sacrifiés pour que vive le Bras du prince Majeur. Le premier est mort de faim et de froid. Le second a survécu plus longtemps. Écoutant son honneur et son devoir, il a préparé son compagnon pour que les provisions ne manquent pas. Découpant les plus riches morceaux, il les a préparés pour que le Bras du Prince Majeur puisse les prendre même après la mort qu'il sentait venir. J'ai trouvé tout disposé comme je le décris. Le deuxième soldat s'est sacrifié, de son sang il a fait un breuvage grâce auquel a survécu le Bras du Prince Majeur. Mon instinct me dit que plus que lui permettre de survivre, le sang lui a ouvert la puissance de sa magie. Sans cette magie, jamais les charcs ne seraient venus ainsi. J'ai fait fermer la pièce de pierre qu'elle devienne tombeau pour les soldats d'honneur à qui nous devons la vie du Bras du Prince Majeur. Leurs louanges pourront être chantées et leur prince félicité.
Mes paroles sont vraies et mon récit véridique.
Un long silence succéda aux paroles de Méaqui. Puis Miaro, le plus jeune se leva :
- Que la gloire soit sur les combattants qui ont bien combattu !
Il leva sa coupe, fit le geste d'offrande et la but.
Les trois autres se levèrent et en chœur reprirent la formule et le geste.
Méaqui eut un sourire en regardant sortir les seconds. Ils allaient répandre le récit du sacrifice héroïque des hommes de Quiloma. Ainsi naissaient les chansons de gestes qui étaient chantées aux veillées.

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