mardi 12 avril 2011

Houtka - 2

La lave s’écoulait tumultueuse et l’être qui en sortait aura pour nos yeux un aspect d’homme. Il avait entendu l’appel. Il ne se posa pas de questions sur l’avant. Il était nu. Devant lui, ב était là. De sa parole puissante ב avait dit l’appel. Il n’avait fait que répondre. Son existence commença ainsi. A l’appel de ב, il sortit. Il contempla et le questionnement fut en lui. Les paroles de l’être double se déversèrent en lui. Le savoir lui vint et avec le parlé. Devant lui un chemin s’ouvrait, il sut qu’il devait le prendre. C’est alors qu’il découvrit qu’il était nu.
L’être de feu se retourna vers ב pour lui demander de le vêtir. Il était seul. Grande fut sa peine. Il leva les yeux. Une voûte lui barrait le chemin vers le haut. Sous ce ciel de pierre son cœur d’être brûlait de la rouge douleur de sa vie. Il se mit en marche d’un pas lourd suivant le fleuve de lave. Long lui parut le chemin. S’arrêtant, seul encore, il tailla dans la lave solidifiée une barque. Il cria les runes de la non-fusion. Ainsi protégée, il la mit sur le brûlant courant qui semblait fuir au loin. L’être de feu se laissa entraîner se bornant d’un geste ou d’un cri à garder son esquif au centre de l’écoulement. Il vit arriver la fin de la caverne et entendit le fracas de la cataracte de lave. Il ne bougea pas, se laissant aller au mouvement incandescent.
Le voyant ainsi surgir du flanc du volcan, les noiraîtres hurlèrent. Cette nef de pierre flottant sur le feu vivant leur parut celle d’un dieu. Ils virent la barque de lave sauter dans le vide et plonger dans le lac de lave avec son occupant. Quand ils le virent ressortir vivant de ce rougeoiement intense et brûlant, ils redoublèrent de cris. L’être de feu prit pied sur la berge de lave. La chute ne l’avait pas tué. Il vécut cette survivance comme un malheur. Regardant autour de lui, il ne vit que lave, fumerolles et désolation. Son œil fut attiré par un mouvement non loin. Quelque chose bougeait. Il dirigea ses pas par là. Quand il approcha le groupe de noiraîtres s’affola et s’égaya dans toutes les directions. L’être de feu connut l’amertume de se voir fuir. Sa colère devant ce nouvel abandon, s’enflamma. Il leva la main, cria une rune. Les noiraîtres qui fuyaient, s’embrasèrent. Leurs corps se recroquevillèrent pendant que leurs cris vrillaient les tympans de ceux qui, plus tétanisés que courageux n’avaient pas bougé.
Le regard de l’être de feu se tourna vers eux. Son ire maintenant refroidie voyait ces petits êtres se prosternant non loin de lui.
« Oh grand dieu du feu, cria un noiraître, laisse-nous vivre pour te servir ! »
L’être de feu écouta leur babil. Il était indifférent. Il fit un geste du bras, pour leur signifier de s’en aller. Les noiraîtres prirent cela pour un encouragement. Le plus près se précipita sur lui pour lui embrasser les pieds. A peine eut-il touché l’être de feu qu’il disparut dans une gerbe d’étincelles.
« Oh grand dieu du feu, épargne-nous, nous sommes petits et faibles, sans intérêt pour un dieu tel que toi ! »
Tout en discourant le noiraître fit un geste à ses compagnons et ils partirent doucement à reculons. L’être de feu ne bougea pas. Son esprit contemplait la rivière de lave rougeoyant dans le crépuscule.
Quand il se retourna, il était seul. A nouveau. La lassitude le prit. Il s’assit sur une pierre. A quoi bon cette existence ? L’être double l’avait appelé, mais pourquoi l’avoir laissé seul ? Son esprit entra en questionnement. Il laissait en lui s’épancher sa colère. De nouveau, il cria la rune de sa colère, faisant fondre la lave solidifiée autour de lui. Il cria encore et encore faisant de cette vieille caldeira un lac de lave en fusion comme aux jours premiers de la naissance de la terre. Épuisé, il avança vers un épaulement de roche. Il ne pouvait dire combien de temps avait duré sa folie.
Devant lui une plaine s’étendant, à sa droite la lave s’étalait en se refroidissant brûlant tout ce qu’elle rencontrait. Il s’avança faisant de même. La où se posait son pied, des flammes naissaient et prenaient vigueur. Il marcha ainsi un moment. Lassé, il s’assit sur un petit tertre. Lassé d’être entouré de flammes, il cria une rune. Elles disparurent laissant place à une poussière de cendre. Le ciel s’embrasa, le soleil éclairant en se couchant les volutes épaisses de la colonne des fumées du volcan proche. Lassé, il s’étendit et s’endormit.
La vie des noiraîtres était difficile. Vivants sur un volcan porteur de mort, il leur fallait lutter chaque jour pour subvenir à leurs besoins. Cherchant de quoi se nourrir, ils descendaient dans la plaine pour y ramasser ce qu’ils trouvaient, racines, carcasses, herbes ou feuilles. Malheureusement pour eux, la plaine était le territoire d’autres créatures. Plus rapides que les noiraîtres, ils étaient redoutables.
Noirsan y pensait en rentrant. Ils avaient perdu deux compagnons dans l’échauffourée d’aujourd’hui pour une maigre carcasse qui ne durerait même pas le temps nécessaire à ce qu’ils pansent leurs plaies. La période était noire. Enfin plus noire que d’habitude. Pour ce peuple rude, survivant dans la précarité, il n’y avait pas eu de période faste. Repoussés par les autres plus rapides, plus forts, ils avaient trouvé refuge sur cette terre inhospitalière qu’étaient les flancs fumant d’un volcan en activité.
Les femelles poussèrent des cris de joie en les voyant rentrer avec de la nourriture. Cela faisait quatre fois que le rond de feu disparaissait sans qu’elles ne puissent se nourrir. Les petits ne seront pas encore forts, cette année. La plus âgée raconta à Noirsan comment ceux qui avaient tenté d’aller vers l’intérieur du volcan avaient disparu pour la plupart en rencontrant le dieu du feu. Il n’avait montré aucune pitié pour les fuyards. Sa puissance était grande. Noirsan lui dit :
« Aînée, sa puissance nous serait utile. Je crains les chasses prochaines. Les autres de la plaine semblent ne plus nous supporter. Je les ai vus se rassembler. Peut-être veulent-ils chasser le grand velu ? Peut-être veulent-ils nous chasser ?
- J’ai vu sa puissance, dit D’Arcna, celui qui était comme moi, a voulu le toucher, il est devenu gerbe de feu. Son sacrifice n’a pas été vain car le dieu du feu a été apaisé et nous avons pu partir sans autre perte.
- Combien sont morts ?
- 2 mains.
- Cela fait beaucoup. Si nous devons nous battre, ils nous manqueront ! »
Noirsan fit les tours des feux. C’était bien le seul avantage de vivre si près du volcan, ils n’avaient pas loin à aller pour chercher le feu. Les autres de la plaine devaient venir ici pour capturer le feu. Quand ils pouvaient en attraper un, cela faisait une belle proie. Lors du dernier voyage des autres de la plaine, ils avaient réussi à tous les capturer sauf un. Ils avaient pu ainsi passer l’hiver sans trop de morts. Maintenant que le temps était plus doux, Noirsan craignait le retour des autres de la plaine. Il essayait d’estimer ses forces. Pour se battre, ils avançaient main par main. C'est-à-dire qu’à un chef, Noirsan ajoutait cinq compagnons. Quand il revint à son feu, Noirsan était de mauvaise humeur. Si les autres de la plaine cherchait le combat, il n’aurait de deux fois deux mains de main de combattant. Leurs gourdins frappaient forts mais les autres avaient de grandes piques. Ils manquaient de bois et n’avaient que peu de piques, les arbres du volcan étaient tous trop petits.
Quand le rond de feu réapparut dans le ciel, Noirsan alla scruter la plaine. Au loin, il vit le campement des autres de la plaine. Ils étaient nombreux, trop nombreux. Ce n’était pas la saison du passage des grands velus. Noirsan pensa qu’ils n’avaient que peu de nourriture et qu’au prochain passage du rond de feu, il faudrait qu’ils aillent chasser ou piller sous peine de disparaître. Quand il se retourna, il vit les éclairs dans le cratère. Il pensa au récit de D’Arcna. Y aller était trop dangereux. Amadouer un dieu n’était pas facile. D’Arcno y avait donné sa vie pour l’apaiser et permettre aux autres de se sauver. Noirsan pensa à livrer une nouvelle offrande mais qui. Est-ce que cela suffira à ce que ce dieu les aide ?
Le temps passa sans qu’il ne trouve de réponse.
Une nouvelle aube se levait quand D’Arcna réveilla Noirsan.
« Viens voir ! Les autres sont tout près.
- Combien ?
- Nombreux !
- Réveille-les tous ! »
Noirsan allait voir pendant que D’Arcna fit le tour de campement. Dans la plaine, les autres étaient là, nombreux, trop nombreux, trop près. Il entendait leurs cris et sentait leurs odeurs, portés par le vent. Le combat était inévitable. Il n’aurait pas le temps de mettre les femelles et les petits à l’abri. Il fallait pourtant.
« Aînée !
- Oui, Noirsan.
- Tu vois les autres sont là. Il faut sauver les petits et les femelles. Pars !
- Nous n’aurons pas le temps, Noirsan, de nous mettre à l’abri.
- Nous nous battrons l’Aînée, le temps qu’il faudra. Enfin nous essayerons.
- Tu me manqueras Noirsan », dit l’Aînée en partant.
Les cinq compagnons de la main de Noirsan arrivèrent près de lui, lui amenant son gourdin. Il le soupesa en estimant sa solidité. Même si chacun d’eux pouvaient en éliminer une main, il en resterait encore au moins autant.
Vaincre n’était pas possible, mais pour les petits et les femelles, il faudrait tenir au moins jusqu’à la fin du rond de feu. Sa renaissance verrait leurs corps morts, mais alors les petits seraient saufs.
Tous les noiraîtres en position de combat, s’avancèrent. Les autres les virent. Leur clameur s’enfla. Les noiraîtres sentirent leurs jambes trembler. Noirsan hurla :
« Pour les petits et les femelles ! Sus ! A mort ! A mort ! »
Derrière lui, sa main de guerriers reprit le cri, puis toutes les mains hurlèrent la haine de l’autre.
Le premier choc fut violent. Les gourdins ne faisaient pas le poids devant les piques et le nombre. S’ils avaient enfoncé le centre de la formation des autres, les flancs se refermèrent sur eux en un piège mortel. D’un coup le silence se fit. Au centre les noiraîtres regardaient tout autour d’eux les autres et leurs piques. Chacun reprenait son souffle. Noirsan poussa un hurlement de pure colère en comprenant le piège. L’Aînée au loin l’entendit et comprit. Trop tôt, c’était beaucoup trop tôt. Elle se retourna pour voir une dernière fois les mâles avant l’hallali.
Il y eut un autre cri et le ciel s’embrasa.
Ce furent les cris de haine qui réveillèrent l’être de feu. Son immobilité et son aspect l’avaient caché aux yeux des autres de la plaine. Ils l’avaient pris pour quelque pierre de feu que le volcan crachait régulièrement, tout occupé qu’ils étaient par la nécessité d’en finir une bonne fois avec la menace des noiraîtres. Il se leva sans hâte regardant le combat qui s’engageait. Il comprit la manœuvre de ceux de la plaine avant les noiraîtres. Cela ne le concernait pas. Son regard se porta sur les contreforts du volcan. Il vit les petits et les femelles essayer de s’enfuir mais déjà un groupe de ceux de la plaine était en chasse pour les exterminer. C’est le cri de colère de Noirsan qui le toucha. La colère, il connaissait. Ce cri là aurait pu être à lui. Il y sentit la colère de s’être fait prendre au piège et la colère pour ne pas avoir réussi à défendre ce qui lui tenait à cœur. A ce cri répondit son cri. Il avait le même sentiment intérieur. Lui aussi hurla sa colère. Mais son hurlement était runes et ses runes étaient feu. Toutes les piques de ceux de la plaine se carbonisèrent. L’être de feu sentit sa puissance. Il aima cette puissance. Il hurla encore et encore d’autres runes. Les noiraîtres virent leurs ennemis devenir torche. Ils avaient entendu l’inhumain hurlement de l’être de feu. Ils voyaient sa puissance. Noirsan le premier lâcha son gourdin et se prosterna. L’être de feu aima sa soumission. Debout sur son tertre, il prit plaisir à sa violence et à leur soumission. La lassitude l’avait quitté.
La vie des noiraîtres était difficile. Avoir pour Dieu l’être de feu était un honneur mais une servitude. Depuis le jour premier, celui de la révélation, le culte s’était organisé autour du tertre. Les noiraîtres avaient élevé un premier autel devant lui pour le remercier de leur avoir donné la victoire. Ils savaient sa puissance immense, ils avaient à la fois de la reconnaissance et de la peur. C’est Noirsan qui le premier avait compris comment le satisfaire en immolant pour lui sur une pierre de lave, un rescapé des autres de la plaine. L’être de feu avait ri et de sa voix puissante avait réduit en cendres le corps sacrifié.
Le temps avait passé. Du peuple faible et moribond des premiers noiraîtres avait surgi un peuple puissant et redouté. Les autres de la plaine ou des autres lieux avaient plié genoux devant la puissance de l’être de feu. Dans le monde de l’époque, il était connu comme le dieu combattant. Son arrivée en un lieu signifiait la mort et la désolation. Toujours les peuples luttaient et toujours ils étaient vaincus. Les noiraîtres s’étaient organisés. Peuple nombreux, ils régnaient en maître sur un vaste territoire. Noirsan s’était proclamé prêtre du Dieu du feu des noiraîtres. Après lui, il y eut un autre prêtre puis d’autres encore. Maintenant, il y avait un grand prêtre chargé de s’entretenir avec le dieu et tout un clergé redouté qui organisait le culte. C’était un culte rouge et noir de feu et de mort. Pour apaiser leur Dieu, les noiraîtres sacrifiaient pour lui, les autres. Chaque jour devait avoir sa victime. Sa souffrance semblait satisfaire le Dieu du feu. Le clergé redoublait d’inventivité pour mettre au point de nouvelles tortures dignes d’être présentées sur l’autel du Dieu afin de la satisfaire. Le grand prêtre savait que les grandes guerres étaient terminées et que l’époque où leur dieu massacrait lui-même les ennemis était révolue. L’armée des noiraîtres était forte, le collège des prêtres aussi puissant et encore plus redouté. Il lui fallait distraire ce maître exigeant s’il ne voulait pas connaître le sort de D’Arcno ou de ses compagnons dont on racontait encore l’histoire aux plus jeunes.Le temple du tertre était beau, et toujours en embellissement. Le grand prêtre y veillait.

L’être de feu regardait ce nouveau sacrifice. Les prêtres s’étaient surpassés. Le solide gaillard avait hurlé pendant six jours sous leurs tortures. Aujourd’hui, il sentit comme un manque. Oui, il avait connu l’exaltation de la victoire, l’ivresse des batailles, la joie du massacre. L’inventivité de ses prêtres l’étonnait toujours. Elle semblait sans bornes. Il avait vu mourir tant et tant d’autres sous les tortures qu’il ne pouvait plus les compter. Il y avait même lui-même participé lors de certaines grandes fêtes. Mais avec la fin des cris du supplicié, la lassitude était revenue. Autour des noiraîtres, il n’y avait plus d’ennemis à combattre. Ils maintenaient la région dans la terreur sacrifiant en son nom tous les jours au quatre coins de leurs pas. La puissance l’avait enivré au début. Puis la répétition venant, il comprit que cela allait continuer comme cela pendant des temps et des temps. Un premier assaut de lassitude avait fondu lors de la grande fête de la Bataille Première. Il avait retrouvé pour un instant, mais pour un instant seulement, la colère du premier jour. La lassitude et bientôt la solitude seraient son lot. Il le savait. Il lui fallait trouver un remède à son mal intérieur. La fureur et la mort, aussi puissantes fussent-elles n’étaient pas la solution. Il décida de partir.
Quand le grand prêtre entra, seul comme toujours, dans la pièce secrète et centrale du temple du tertre pour rencontrer le dieu du feu, il ne trouva personne. Il eut peur. Il resta un moment dans la pièce vide, ne sachant que faire. Lui l’homme le plus puissant du pays qui d’un mot pouvait faire supplicier qui il voulait sur ordre du Dieu du feu, se trouva désemparé. Où était le Dieu ? En sortant son trouble était visible. Ses Subordonnés n’osèrent l’interroger. Le rite continua. Le lendemain, quand le grand prêtre ressortit de son entrevue avec le Dieu, il semblait encore perturbé. Les jours passèrent, le rite continua. Son adjoint l’interrogea :
«Grand Prêtre, vous semblez mal à l’aise.
- Garde pour toi ce que je vais te dire, sinon tu pourrais avoir l’honneur d’être l’offrande du Dieu du feu.
- Oui, Grand Prêtre, mes lèvres seront scellées.
- Le Dieu du feu me met à l’épreuve, nous met à l’épreuve. Nous nous endormons sur nos victoires. Son nom n’est pas connu de tous les peuples.
- Alors nous allons repartir en conquêtes et lui avec nous. Quelle bonne nouvelle !
- Non, Noirdarc ! Le Dieu du feu n’ira pas avec nous. Voilà notre épreuve, nous devons lui prouver notre valeur et notre fidélité en portant sa vérité et sa puissance par delà les horizons. Il faut que je voie le roi ! »
Tremblant intérieurement, mais pressentant que le Dieu du Feu ne dirait rien même s’il revenait, le grand prêtre s’engagea résolument dans la voie du mensonge qui lui rapporterait puissance et richesse.
L’être de feu marchait seul sur une terre désolée, loin très loin de ce peuple des noiraîtres d’où sortiraient les landayeurs, ne pouvant savoir que ce culte de mort durerait des milliers d’années. De nouveau il se posait la question de son chemin. Il essaya de se rappeler les paroles de l’être double, en vain. Trouvant une entrée sombre vers les entrailles de la terre, il avança. Choisissant le chemin descendant chaque fois que possible. Il trouva des tunnels faits par de sombres créatures. Avançant toujours sans un arrêt, il descendait et descendait encore dans les profondeurs. Il ne savait plus où il était, ni depuis combien de temps il marchait. Il s’arrêta, s’allongea pour se reposer. Voyant cela les petits êtres difformes qui le suivaient depuis des pas et des pas attendirent dans les ténèbres sans bouger. Il avait violé leur Territoire. Pour l’instant, il ne semblait pas dangereux, mais il était le danger. « L’étranger est le danger » aimait à répéter le sorcier. Sa magie était puissante et mortelle. Il l’avait maintes fois prouvé en défendant le Territoire. Maître de nécromancie, il était la terreur de ces mondes souterrains. Les korfs étaient ses esclaves, de froids esclaves puisque leurs fluides internes ne dépassaient pas la température ambiante. Cela les rendaient particulièrement discrets dans ce monde de pierre. Si l’être de feu avait regardé autour de lui, il n’aurait rien vu. Dépourvu de squelette interne, ils épousaient les détails de la voûte et des murs. Ce que ne savaient pas les Korfs, c’est que l’être de feu aurait pu les ressentir si tel avait été son désir. Il avait fui dans un repos sommeil lourd, loin de sa lassitude et de sa solitude.
A son réveil, il ne prit aucune précaution. En finir avec cet inutile qu’était sa vie, lui indifférait. La lave l’avait vu naître, pourvu qu’elle puisse l’ensevelir. Il reprit son voyage descendant vers le cœur de la terre. Le voyant repartir les korfs envoyèrent des émissaires vers le sorcier. Puis voyant que ses pas le conduisaient vers le centre de leur Territoire, ils envoyèrent d’autres émissaires.Le sorcier ne comprit pas ce que décrivaient les korfs. Des êtres de toutes sortes existaient dans ces souterrains. Il avait doté ses créatures de suffisamment de magie pour qu’ils perçoivent quasiment tous les plans existentiels. Ils lui parlaient d’un géant mais de pierre chaude. Soit c’était un géant et il n’était pas en pierre, soit il était un élément en marche, un élémental, mais alors il ne pouvait être chaud. Ou bien, oui cela pouvait être cela, sa vieille ennemie lui envoyait sa dernière création. Plus il y pensait et plus il en était certain. Cette vieille sorcière essayait encore de le piéger avec un des ses tours. Qu’avait-elle animé cette fois-ci ? Il décida de piéger la créature, d’en faire son instrument et de la renvoyer à sa créatrice.

L’être de feu, ne sachant rien que son malheur, avançait sans réfléchir, seule l’habitait la souffrance lancinante de sa solitude. Il laissait son instinct le guider. C’est quand il se retrouva dans une salle sans issue qu’il commença à regarder autour de lui. Il ressentit les korfs. Il ressentit l’enfermement alors que son instinct lui parler d’un chemin. Il ressentit « une » force, non, comme une présence, non c’était la fois fort et léger. Il essaya d’analyser ce qu’il touchait par son ressenti. Cela se rapprochait. C’est alors que devant lui se matérialisa une forme. Une sorte de grande cape couvrait quelque chose ou quelqu’un puisque cela parlait, émettant une faible lueur.
«C’est un honneur pour un pauvre ermite comme moi que de recevoir un noble voyageur. Nos galeries sont ingrates et sans beauté, si bien que rares sont ceux qui nous visitent. Sois remercié de ta présence ici. »
Le sorcier avait mis dans sa voix tout son savoir faire pour envoûter celui qu’il prenait pour une créature de son ennemi. L’être de feu entendant cela fut charmé. Dans un coin de son esprit, une petite voix protesta mais le silence se fit pour écouter le merveilleux discours que lui faisait écouter le sorcier.
« Sois ici comme chez toi, tu seras mon invité d’honneur. »
La torpeur prenait l’être de feu. En lui quelque chose céda. Maintenant tout lui semblait évident. Le sorcier était maître des choses de la vie. Il était même le Maître Sorcier.
Le sorcier comprit que son enchantement fonctionnait. Il avait senti la puissance de l’être de feu. Incapable de concevoir qui il avait en face de lui, il ne pouvait le nommer mais comprit que jamais sa meilleure ennemie n’aurait pu concevoir un être d’une telle puissance. Il se félicita de sa chance. Avec une telle réserve de puissance brute, il allait pouvoir étendre sa domination sur tous les peuples souterrains. Il perfectionna son sortilège de soumission, usant de toutes les ressources de son savoir afin de ne laisser aucun trou dans les mailles de son filet magique.
L’être de feu était prisonnier mais ne le savait pas. Il servait de son plein gré le Maître Sorcier, tout au moins en était-il persuadé, à qui tant de gens voulaient du mal. Il avait commencé par éliminer une vieille créature aussi encapuchonnée que le Maître Sorcier mais qui était fort mauvaise puisqu’elle gardait en esclavage de pauvres créatures qui, par reconnaissance, firent allégeance au Maître Sorcier. Après il se souvenait vaguement de batailles ou plutôt d’échauffourées dans les galeries voisines avec des créatures toutes plus mauvaises les unes que les autres. Ce dont il se souvenait parfaitement, c’était les bouffées de reconnaissance et de satisfaction du Maître Sorcier à son égard. Pour cela, il était prêt à aller au bout du monde. C’est d’ailleurs ce qu’il s’apprêtait à faire. Avec les korfs, il devait passer la rivière de lave, remonter vers les niveaux supérieurs, délivrer de leur joug les pauvres créatures asservies qui creusaient au-dessus et leur montrer l’immense bonté du Maître Sorcier afin qu’il puisse le servir. C’était un long voyage. Ils partaient armés et lourdement chargés de provision. Le début du périple se passa sans encombre. Comme toujours les korfs semblaient glisser sur les parois malgré leur charge. L’être de feu avançait pesamment mais régulièrement, l’esprit tout accaparé par la pensée des bontés du Maître Sorcier pour lui, se remémorant intérieurement les formules qui lui permettraient d’être ouvert à la puissance des sorts venus du sorcier. Il en avait déjà expérimenté le fonctionnement lors d’autres manœuvres pour éliminer tel ou tel petit potentat avant que celui-ci n’attaque le Maître Sorcier.
Les korfs s’arrêtèrent devant la lave qui s’écoulait rapidement. Ils étaient incapables de passer cet obstacle. Quand l’être de feu vit la lave, il eut comme un début de souvenir. Quelque chose de ténu se réveilla en lui. Une bouffée de nostalgie l’envahit. Pour ne pas se laisser aller à des sentiments interdits, l’être de feu dit les formules apprises et dirigea ses mains vers la paroi. Le sort se précipita à travers lui, prenant forces et puissance, et alla percuter la paroi en face de lui. Un pont de pierre se forma par l’effondrement de la roche avec un fracas d’enfer. Les korfs saluèrent bruyamment la réussite de l’opération. Sans attendre plus, ils entreprirent de traverser pour aller explorer la rive opposée.Ils rencontrèrent un groupe d’une dizaine de créatures qui s’enfuirent à leur approche. L’être de feu était trop loin pour jeter un sort. Le Maître Sorcier qui voyait par ses yeux, éprouva du mécontentement à cette nouvelle. Sa réaction fut plus douloureuse pour l’être de feu que tous les coups qu’il aurait pu recevoir. Il se porta à l’avant-garde, prêt à l’éventualité d’une autre rencontre.Le premier signe d’une occupation un peu structurée de ce côté de la rivière de lave, fut un pic de mineur retrouvé au moins mille pas plus loin. L’être de feu sentit l’excitation des korfs à cette vue. Selon les pisteurs, il y avait eu plusieurs périodes d’occupation de la région pour creuser et extraire des roches. La dernière pouvait remonter à une demi-vie de korf. Suivant les instructions, ils remontèrent des galeries, écoutant et se préparant à la rencontre. Quand vint le moment de la pause, tout semblait calme. Ils avaient trouvé différents objets abandonnés là par des êtres pensants. Si on pouvait estimer leur taille à la taille des galeries, ils étaient nettement plus grands que les korfs mais moins que l’être de feu qui devait marcher penché pour passer. Comme tous les repos, les korfs se formèrent en groupe compact. L’être de feu s’assit et attendit laissant son esprit vagabonder. Des rêves de feu revenaient. Ils étaient agréables. Il repensait à la rivière de lave et de nouveau il sentit la nostalgie envahir son esprit. Il se laissait dériver dans un demi-sommeil, prenant plaisir à jouer dans la lave… mais que pensait-il là, il redevenait fou. Le Maître Sorcier l’avait bien mis en garde, penser à cela pouvait rendre fou, car seuls les fous peuvent penser aller se jeter dans la pierre en fusion. Il se leva, ne voulant pas laisser son esprit vagabonder dans des directions incongrues.
C’est alors qu’il entendit les premiers coups.
Il se figea, envoya un sort d’exploration qui revint porteur de l’image de ceux qui creusaient. Courts sur pattes mais forts râblés, les mineurs maniaient leurs outils avec la puissance et la précision d’une longue habitude. L’être de feu prépara ses troupes. Ils étaient à encore au moins deux mille pas de front de taille. Les pics et les pioches étaient ici plus que des outils, des armes potentielles. Avant de se mettre en route, comme l’avait prévu le Maître Sorcier, l’être de feu envoya un nouveau sort d’exploration et dit les mantras qui permettaient à son maître de voir par lui et même d’agir à sa place. Il devint comme spectateur. Il agissait mais c’est un autre qui le faisait agir. Le sort d’exploration revint, affinant la première scène. Il sentit le Maître Sorcier se réjouir. Les mineurs étaient des esclaves puisque des gardiens les surveillaient et les fouettaient. Avec la force de ces mineurs, c’est tous les mondes souterrains qui lui seraient ouverts. Ses korfs n’aimaient pas creuser et quand il fallait le faire, l’énergie qu’il déployait pour les contraindre le fatiguait beaucoup, même si maintenant il en puisait une partie dans l’être de feu. Il ne le nommait pas comme cela. Pour le Maître Sorcier, l’être de feu était le géant rouge. Malgré toute sa science, il ne pouvait appréhender la nature même de l’être de feu. Il le prenait pour une de ces nombreuses créatures issues de la première vague de la création. Le Maître sorcier avait déjà vécu plus de cent vies de korfs, mais il savait que d’autres êtres venaient de temps plus anciens encore. Rassuré par ses sorts d’exploration, il poussa le géant rouge à avancer. Ses korfs tenaient prêts les sabres courts et noirs qu’ils affectionnaient. Ils venaient d’une ancienne bataille, une des premières livrées sous la direction du sorcier. Leur avancée était silencieuse, seul le géant rouge faisait vibrer le sol.
Encore une ou deux centaines de pas et ils seraient en contact avec l’ennemi. Le sorcier les fit arrêter. Un nouveau sort d’exploration le rassura. Les pics et les pioches continuaient leur danse et les gardiens n’avaient pas changé de place. Il donna l’ordre d’attaquer en visant les gardiens bien sûr pour libérer les mineurs. Les korfs et l’être de feu se jetèrent en avant dans une charge effrayante.Entendant arriver un être massif au pas de course, mais incapables d’entendre les korfs, les mineurs avaient stoppé leur travail et regardaient leurs gardiens. Quand l’être de feu déboucha dans la galerie de taille derrière les korfs, il crut que la bataille serait courte. Quelques gardes à éliminer et puis la joie du Maître Sorcier seraient sa meilleure récompense. Au moment même où un korf levait son sabre sur un garde, la riposte arriva. Des guerriers armés de deux sabres jaillirent. Une onde de chaleur se répandit, signe que quelqu’un savait utiliser un sort. Le Maître Sorcier voyant accourir des guerriers en grand nombre, comprit que cette bataille risquait d’être perdue. Manifestement très entraînés, ils taillaient en pièces ses korfs. Il puisa l’énergie du géant rouge, le plus qu’il pouvait contrôler pour jeter un sort d’immobilisation à ses ennemis. Immédiatement la victoire sembla changer de camp. Aidés de la force du géant rouge, ses korfs taillaient en pièces les guerriers immobiles. C’est alors qu’un cri jaillit.
Se retournant, l’être de feu et le Maître Sorcier virent les guerriers reprendre vie. Un géant venait d’arriver. Son cri avait brisé l’enchantement. Le sorcier fut déstabilisé. Pour la première fois de sa longue vie, un de ses maîtres sorts était brisé. Il ne comprenait pas. On ne peut annihiler un sort qu’en jetant un contre sort de même puissance ou en faisant appel aux forces primitives dans toute leur brutalité. Mais ici pas de déchaînement des forces élémentaires, le cri était énergie presque pure, rééquilibrant ce que le sorcier avait perturbé par sa magie. Un autre géant rouge, cela ne pouvait être que cela, un autre géant rempli de forces. Puisant à nouveau dans l’être de feu qu’il contrôlait, le sorcier prépara un sort de mort. Dans un rayon de deux cents pas, toute créature mourait. Ses korfs se défendaient mais cédaient du terrain. Il fit reculer le géant rouge. Les guerriers et l’autre géant en profitèrent pour avancer. Encore un peu de temps, et le sort serait prêt. L’être de feu sentit ses jambes fléchir sous la ponction de force faite par le sorcier quand il lança son sort. Par sa bouche, l’être de feu dit la formule du sort. Il n’avait pas fini de la dire que l’autre géant hurla. Il n’y eut qu’un cri, un son et la roche autour de lui se mit en mouvement. Devant la surprise il mit mal la flexe sur le dernier mot et le sort échoua. La terre semblait avoir pris fait et cause pour l’ennemi. Le sorcier sentit la panique l’envahir. Une telle puissance à l’œuvre par un seul mot, cela ne pouvait être que des runes. Le géant ennemi connaissait les runes de la terre. Le sorcier eut peur. Face à un être connaissant les runes, il ne pouvait lutter sans en savoir davantage. Son expédition était perdue. Abandonnant l’être de feu pour ne pas être en lien avec lui quand il perdrait la vie, le sorcier se rua à l’endroit de la rivière de lave pour détruire le pont. Brutalement séparé de son maître, l’être de feu s’immobilisa un instant pour retrouver ses esprits. Autour de lui, les galeries explosaient, des roches se précipitaient sur eux, écrasant les korfs et le bousculant. Les guerriers ennemis se rangeaient derrière le géant pour ne pas être pris dans cette tourmente minérale. L’être de feu fut réduit à l’immobilité malgré sa force. Les roches l’ensevelissaient, la pression augmenta encore et encore. Il ne ressentait plus aucun korf en vie. Son maître l’avait abandonné. Malgré toutes ses promesses, il l’avait laissé seul. Autour de lui le monde se minéralisait, la pression devint énorme. Plus que la crainte pour sa vie, ce fut l’immense déception de l’abandon qui le submergea.
Nuit.
L’être de la terre regarda son œuvre. L’invasion avait échoué. Il l’avait sentie longtemps à l’avance. Les corps des korfs morts gisaient sur le sol. Les guerriers ramassaient les sabres courts tombés pendant le combat. Devant eux, à la demande de l’être de la terre, les roches étaient venues à leur secours, broyant tout sur leur passage. Maintenant, elles obstruaient le chemin. Les maîtres de corvées remirent les droms à l’ouvrage pour refaire une galerie allant vers la rivière de lave. Le MAÎTRE s’avança, remerciant l’être de la terre. Celui-ci lui répondit.
« Ce sorcier n’en a pas fini. Son désir de dominer est grand. La surveillance ne doit pas se relâcher. Je le sens encore, tapi après la rivière de lave. Il a perdu une bataille car il ne s’attendait pas à ma présence. Le géant qui les accompagnait était d’une grande puissance. Lui aussi je le sens encore. Normalement, vu la pression des roches, il devrait être mort et pourtant je sens sa vie.
- Que vas-tu faire, Ô notre Guide ?
- Je ne peux le sonder. Sa magie intérieure est forte, très forte. La lave en viendra sûrement à bout. Mais regarde ! »
L’être de la terre leva un bras et dit une rune. Le bloc contenant l’être de feu se détacha des autres. Une autre rune, on entendit les rocs craquer et ils fusionnèrent en un ensemble compact et vaguement sphérique. Il fit signe aux maîtres de corvées d’écarter les droms, puis d’un geste, d’un mot il ouvrit la galerie ne laissant que le bloc devant lui. D’un cri de runes il envoya le bloc rouler. Comme toujours quand sa magie s’exerçait, les maîtres restèrent sans voix. La boule de pierre se mit à rouler, devant elle, le passage s’écartait pour reprendre une dimension normale derrière elle. Elle prit de la vitesse, encore et encore, faisant un roulement épouvantable qui se répercutait tout au long des parois.
Derrière la rivière de lave, le Maître Sorcier et ses korfs se tapirent à l’abri en entendant le bruit. Il prenait de l’ampleur et manifestement se rapprochait à grande vitesse. Le sorcier envoya un sort d’exploration et poussa un cri en voyant ce qui approchait. Les korfs autour le regardèrent interrogatifs, prêts à fuir. Le Maître Sorcier dit un mot et disparut. Chez les korfs ce fut la débandade, mais trop tard. Surgissant de la galerie, volant au-dessus de la rivière de lave, la sphère de pierre vint s’écraser sur l’entrée de la galerie de fuite, écrasant des dizaines de korfs. Rebondissant dans la caverne où coulait la rivière, elle fit encore beaucoup de victimes avant que de plonger dans la lave en fusion et d’y disparaître. C’est ce que racontèrent les éclaireurs guerriers quand ils firent leur rapport au MAÎTRE.

C’était la nuit intérieure. Rien n’existait que cette pression douloureuse de la trahison, que cette douleur de l’abandon. Pourquoi ? Cette question résonnait dans son esprit encore et encore. Il avait écouté l’appel de l’être double et s’était retrouvé seul. Tel n’était pas son désir. Il avait continué mais vivre sans vis-à-vis lui était intolérable. Il pouvait distraire son esprit de la blessure de la solitude mais le combat était vain, toujours et toujours elle revenait. Il avait cru à la rencontre attendue quand avaient retenti les paroles du Maître Sorcier. Lui aussi l’avait abandonné, lâchement abandonné.
L’être double avait ses raisons, il ne pouvait lui en vouloir mais il souffrait. C’est le Maître Sorcier qui focalisait son ressentiment. Enfermé dans une masse de pierre, il ne pensait pas à s’en sortir. A quoi bon ? La vengeance ? Pourquoi pas ? La sphère de pierre tournait dans la lave en fondant lentement. Les pensées tournaient dans l’esprit de l’être de feu en se concrétisant lentement.
Le temps passa. La chaleur de la lave atteignit l’être de feu. Il prit sa décision. Il dit une rune. La pierre qui l’entourait encore fondit brutalement. La lave le purifia des dernières scories des sorts du sorcier. Il reprit pied sur un promontoire. Interrogeant le feu de la lave, il comprit que sa prison de pierre n’avait pas fait beaucoup de chemin. Entre lui et le sorcier, il n’y avait que quelques milliers de pas. Le bloc de pierre avait été bloqué par un barrage naturel et était resté à tourner sur lui-même.
L’être de feu laissa la colère et la vengeance monter en lui. Il cria une rune, en hurla une autre. La lave entra en ébullition et se vaporisa. D’un geste, d’un long cri il l’expédia vers l’amont. Une nuée ardente se précipita vers les lieux d’où il venait.
L’être de la terre sentit la puissance déployée, il ressentit les runes. Il en dit une et une seule, fit un geste de la main et tous les passages conduisant à la rivière de lave s’obstruèrent hermétiquement.
Le Maître Sorcier sentit l’ébranlement de la puissance mis en œuvre. Le temps qu’il s’interroge, la nuée envahissait toutes ses galeries. Sa chaleur détruisait tout ce qui pouvait brûler, bêtes, bestioles et tout ce qui vit dans ces lieux. Il ne put que balbutier un sort qui ne le protégea qu’incomplètement. Gravement brûlé, il sombra dans l’inconscience. Sur un promontoire, un être rouge feu éclata d’un rire de fou et plongea dans la lave, comme on plonge dans la mer, pour s’y noyer.

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